CYCLISME - Transfert, rachats de contrats et surenchère salariale font désormais partie des coutumes du vélo...
Il n’a
pas les mêmes abdominaux, ni la même mèche gominée, mais Bradley Wiggins est, à sa façon, le Cristiano Ronaldo du vélo. Un athlète acheté à prix d’or, à l’intersaison, par un géant dont la puissance financière refroidit toute concurrence.
L’échalas britannique courra donc cette saison sous les couleurs de Sky, nouveau venu dans le peloton qui aurait mis 7 millions d’euros sur la table pour l’arracher à l’équipe Garmin.
Cet hiver, les aventures de l’ancien pistard ont fait grincer quelques dents dans un milieu où le mot «transfert» n’existait pas il y a encore quelques années. «Cela fait mal au cyclisme dans le sens ou l’arrivée d’un tel budget a déstabilisé pas mal d’autres formations,
regrette Vincent Lavenu. Je ne sais pas si le cyclisme doit tomber dans les travers du football, mais c’est ce qui est en train de se passer». Le manager connait bien son sujet. Il s’est récemment battu avec l’équipe anglaise pour ne pas laisser filer
Nicolas Roche, l’espoir irlandais de l’équipe.
«On ne peut pas lutter»
Chez Cofidis,
l’Estonien Rein Taaramae a lui aussi failli céder aux sirènes des grosses écuries. «Il est resté malgré des offres financières beaucoup plus importantes», souffle Eric Boyer qui a tout de même été contraint de réévaluer le salaire de son coureur. «Mais dans des proportions cohérentes. Si on arrive dans des proportions surévaluées, on ne peut pas lutter.» Les pratiques de Sky, BMC, ou Radioshak
hérissent aussi Marc Madiot, qui prône «un respect des contrats. Point.»
Cette tendance à la surenchère a de quoi inquiéter les directeurs d’équipe françaises, incapables de s’aligner. «Si on laisse faire ce genre de pratique, ça va devenir n’importe quoi, s’emballe Boyer. Un coureur cycliste, ce n’est pas un footballeur. Là, on fait de la spéculation. On se dit que tel coureur va gagner ceci, cela. Moi je dis attendons d’abord qu’il gagne. On verra après.» A terme, le manager de Cofidis n’exclut pas l’hypothèse de voir un coureur changer d’équipe en cours de saison. Une pratique qui, selon lui, ferait voler en éclat les valeurs du cyclisme.
Ne pas succomber à l’argent roi
«Certaines équipes souhaitent révolutionner le cyclisme, mais il y a des valeurs qu’il faut garder, enchaîne Lavenu. La proximité, l’accessibilité et le fait de ne pas considérer l’argent roi… On véhicule des valeurs fortes. En ce qui nous concerne, on se doit de les défendre. Mais aussi faire des résultats. C’est toute l’ambigüité, et la difficulté.» L’équipe Sky, elle n’attendra pas.
Romain Scotto