ATHLETISME - Le DTN de la Fédération française d'athlétisme ne veut plus des places d’honneur...
Un an après son arrivée comme DTN, Ghani Yalouz reçoit à l'occasion des voeux de la Fédération d'athlétisme. Tiré à quatre épingles - «c'est une question de politesse» -, l'ancien lutteur a toujours la mine réjouie malgré son emploi du temps de ministre. Un voyage en Afrique du Sud auprès de quelques athlètes français lui a permis de prendre le pouls de la saison qui s'annonce. Et de fixer avec eux les objectifs.
Cette année, pas de Jeux Olympiques, pas de Championnat du monde. Peut-on parler d'année creuse pour l'athlétisme?
Pas du tout. Nous avons mis en place une stratégie en trois temps qui débute avec les Championnats d'Europe à Barcelone en juillet, qui se poursuivra au Championnat du monde en 2011 en Corée et s'achèvera en 2012 aux Jeux Olympiques de Londres. Les athlètes doivent profiter de la compétition continentale pour apprendre à gagner parce que ces championnats sont plus abordables pour s'imposer que les épreuves planétaires.
C'est pour ça que vous avez fixé des minima élevés pour ces Championnats d'Europe?
Oui, auparavant, ces minima étaient calés sur la 16e meilleure performance mondiale et, cette année, nous sommes descendus à la 12e meilleure performance. C'est pour les pousser. Nous voulons créer une émulation, une certaine forme d'excellence sportive. Il ne faut pas que les athlètes se contentent d'échouer en demi-finales. Il faut qu'ils passent en finale parce qu'à ce stade-là de la compétition, tout est possible. En athlétisme, il n'y a peut-être pas de miracle, mais il y a des surprises.
Pourtant, certains athlètes comme Ladji Doucouré ou Christine Aron auront moins à prouver que d'autres. Peut-on dire qu'ils sont protégés?
Je n'aime pas le terme de «protégés». Je dirai que nous faisons les efforts pour les mettre dans les meilleures conditions. Je ne veux pas que l'on retombe dans la même situation qu'avec un Jean Galfione, champion olympique en 1996, qui a dû faire la course aux minima pour se qualifier en 2000 et qui, du coup, a aggravé une blessure. Ce sont des erreurs qu'il ne faut plus commettre.
Chaque année, les athlètes français font en sorte de ne pas s'affronter en compétition. Que comptez-vous faire pour mettre un terme à ce problème?
C'est un complexe franco-français. On s'évite parce qu'on a peur, notamment dans le demi-fond. J'ai la volonté de faire de ces Championnats de France un réel événement. Ce ne sont pas destrials à l'américaine où tout se joue sur un seul jour puisque les médaillés de Pékin et de Berlin sont mis à part. Mais les athlètes qui voudront être présents à Barcelone devront s'aligner aux Championnats de France dans la discipline qu'ils visent.
On sait que l'athlétisme féminin est en difficulté. Quel remède comptez-vous apporter?
Il y a un creux de génération et cela prendra quelques années pour le combler. Mais nous travaillons sur le "plan Caraïbes" qui doit permettre de détecter et d'entraîner au mieux les futures perles du sprint. Les conditions climatiques y sont idéales. En allant en Afrique du Sud, je me suis rendu compte que les athlètes sont aussi à la recherche de cela quand en janvier ou février il fait trop froid pour s'entraîner en Europe.
En parlant de Caraïbes, Rama Yade avait dit qu’il fallait faire un tour en Jamaïque pour comprendre pourquoi leurs athlètes courent si vite. Vous y êtes allé?
On ira. Mais moi, je m’occupe de l’équipe de France dans son ensemble avec du saut, du lancer. En Jamaïque, ils ne font que du sprint. Donc on les observera, mais on observera aussi ce que font les Allemands en lancer ou Hooker qui est devenu champion du monde de saut à la perche en trois essais. Voir ce qui se fait ailleurs est bien sûr dans notre plan.
Bernard Amsallem, le président de la Fédération, souhaite voir la France figurer dans les trois premières nations européennes en juillet. L’objectif est élevé…
C’est bien d’avoir des ambitions. Sincèrement, je préfèrerais qu’on soit dans les trois premiers aux JO car les Championnats d’Europe sont une étape. Ce qui m’intéresse, cette année, c’est la qualité des médailles. Je veux que les athlètes aillent chercher l’or.
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