CULTURE - Frédéric Mitterrand a soutenu l'idée d'une gestion collective des droits, dimanche au Midem, à Cannes...
Les participants au Marché international du disque n’attendaient pas grand chose de la venue de Frédéric Mitterrand à Cannes. Alors que les conférences battaient déjà leur plein dimanche matin, et que certains se remettaient péniblement de la soirée de samedi
consécutive aux NRJ Music Awards, le ministre français de la Culture a pourtant jeté un pavé dans la mare en soutenant totalement la proposition de gestion collective des droits et annonçant la nomination d’un médiateur pour étudier sa mise en place prochaine.
Lobbying
Depuis que la
commission Zelnik a rendu son rapport, les plus grosses maisons de disques, et même certaines plus modestes, ont fait campagne communes contre une de ses propositions centrales: la gestion collective des droits pour la diffusion digitale de la musique. Cette campagne de lobbying ne fut pas très visible dans les médias, mais particulièrement violente dans le milieu de l’industrie du disque.
Le sujet est ardu et technique mais, pour résumer, le rapport Zelnik propose qu’un organisme négocie et gère les droits de toutes les musiques pour toutes les plateformes de diffusion. Or, les majors du disque préfèrent négocier, au cas par cas, avec les sites d’écoute en ligne les droits des musiques qu’elles produisent.
Webradios discrètes
Si les maisons de disques se sont dressées contre cette proposition, les sites d’écoute en ligne sont plus discrets. Sans doute pour ne pas fâcher les maisons de disque avec qui ils sont en discussion permanente, en attendant cette gestion collective très hypothétique.
«On commence tout juste à avoir des rapports commerciaux apaisés, commente un dirigeant d’un gros site d’écoute étranger. C’est de la négociation permanente d’autant plus difficile que nous n’avons aucune visibilité. Il est impossible de savoir aujourd’hui où en sera Sony Music dans un an. Comme il est impossible de savoir quel site d’écoute en ligne sera leader dans six mois. Il y a beaucoup de bluff. Et à ce jeu là, les majors, avec leur expérience, savent qu’ils négocient mieux leurs droits que n’importe qui. Ils n’abandonneront jamais ça.»
En venant annoncer son appui à l’idée de gestion collective des droits au Midem, Frédéric Mitterrand attaque de front les plus gros acteurs de l’industrie du disque sur leur territoire. Son silence sur l’idée d‘une taxe Google et un soutien mou à la carte de téléchargement légal à moitié prix, deux autres proposition du rapport Zelnik plus favorables aux maisons de disques, ne suffiront sans doute pas à calmer la colère qui montait dimanche des travées du Midem. Les débats sont bel et bien lancés.
A Cannes, Benjamin Chapon