Jacques n'a pas de thermomètre mais il en est sûr : dans le modeste studio qu'il loue boulevard Riquet, il fait froid, bien trop froid. « En ce moment, je dors avec un caleçon, un bas de jogging, deux tricots et un pull... Et encore, je réchauffe mon linge avant de me coucher », confie cet homme de 55 ans, bénéficiaire du RSA. Dans un appartement aussi mal isolé, l'unique convecteur électrique de la pièce fonctionne sans arrêt, mais en pure perte. « Je n'ai pas encore reçu de facture d'électricité », s'inquiète-t-il, lui qui habite là depuis six mois. Ayant été attiré par un loyer plutôt faible, Jacques se retrouve pris au piège. « On me conseille de déménager mais je n'ai pas de quoi avancer une nouvelle caution. »
D'après un rapport inédit sur le sujet et remis au gouvernement par la Fondation Abbé-Pierre, 3,4 millions de ménages en France vivraient ainsi en situation de précarité énergétique. En 2009, le nombre de dossiers et de sommes engagées par le Fonds social énergie (FSE) du conseil général de la Haute-Garonne a progressé d'au moins 35 %. « Nous avons traité 8 400 dossiers, rien que pour des problèmes de factures impayées », fait savoir la collectivité. Sur critères de ressources, mais aussi en fonction de la situation présente de la famille, le conseil général intervient quand payer une facture devient impossible et que la menace de la coupure plane. Pour solliciter une aide, les ménages doivent d'abord s'adresser aux services sociaux de leur commune ou de la CAF. « Le problème, c'est que le FSE ne répond pas à toutes les demandes », explique Jean Coursimault, du Secours catholique. Quand une personne en est écartée, elle se tourne vers l'association, qui aide 2 000 familles rien que pour leur budget énergie. « Et encore, une demande d'aide alimentaire peut aussi être la conséquence d'une facture impossible à assumer », assure-t-il. En décembre, l'association a dû faire face à un nombre record de sollicitations pour acheter du bois de chauffage ou remplir des cuves de fioul, surtout dans le sud du département. Le conseil général doit rapidement mettre en place une convention avec les nouveaux opérateurs électriques (Poweo, Direct Energie...) pour qu'ils abondent le Fonds de solidarité, comme le fait EDF depuis longtemps. W