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L'occident face à la cyber muraille de Chine

Le siège de Google à Pékin, couvert de fleurs après que l'entreprise a annoncé qu'elle ne comptait plus censurer les résultats de son moteur de recherche, le 12 janvier 2010
Le siège de Google à Pékin, couvert de fleurs après que l'entreprise a annoncé qu'elle ne comptait plus censurer les résultats de son moteur de recherche, le 12 janvier 2010/REUTERS/J.LEE

INTERNET - Dilemme pour Google et les autres: se plier aux exigences gouvernementales ou renoncer à un marché en plein boum...

De notre correspondant à Los Angeles
 
Coup de poker ou coup de com? Google a annoncé mardi «ne plus avoir l'intention de continuer à censurer les résultats des recherches sur Google.cn», suite à des attaques «sophistiquées» qui auraient visé des militants de défense des Droits de l'homme. L'entreprise va «discuter avec le gouvernement chinois» pour voir s'il est possible de proposer une version non censurée de son moteur tout en respectant la loi. En cas de réponse négative? «Cela pourrait signifier la fermeture de Google.cn et potentiellement de nos bureaux en Chine», menace le géant.
 
Yahoo! solidaire
 
L'annonce est largement saluée sur le net et par Reporter sans frontières. Le siège de l'entreprise à Pékin a même été couvert de fleurs en signe de soutien, même si certains s'interrogent sur les motivations et le timing de Google. Mercredi, Yahoo!, qui a vendu sa division chinoise au local Alibaba, s'est dit «solidaire» de son voisin de la Silicon Valley. Yahoo! n'accuse pas directement le gouvernement chinois mais, comme Google, affirme que les attaques «venaient bien de Chine». L'entreprise a refusé de préciser si elle comptait vendre ses 39% d'Alibaba si le gouvernement chinois refusait que Google propose une version non censurée de son moteur. Adobe a également été victime d'attaques, mais ne sait pas encore si elles sont connectées.
 
«La grande cyber muraille de Chine»
 
Depuis 1998, Pékin aurait investi plus de 800 millions de dollars pour mettre en place son «Golden shield project», également surnommé «The great firewall of China» en référence à la muraille de Chine. Grâce à des moyens de contrôle standards du matériel réseau –notamment fourni par l'Occident comme l'Américain Cisco– et des dizaines de milliers d'agents gouvernementaux, Pékin «purifie» l'Internet.
 
La censure intervient à plusieurs niveaux. Des sites sites comme Youtube, Facebook, Twitter et de nombreux médias étrangers peuvent être complètement bloqués, temporairement ou de manière permanente. Mais, de plus en plus, Pékin opère au cas par cas, bloquant des pages ou des mails contenant des mots interdits (du Dalaï Lama au massacre de Tian'anmen, en passant par des critiques des dissidents contre le gouvernement).
 
«Do no evil»
 
La décision de Google de lancer google.cn en 2006 en se pliant à la censure chinoise avait fait l'effet d'une bombe. Selon le Financial Times, de nombreux cadres de l'entreprise y étaient défavorables, y compris le cofondateur Sergey Brin, dont la famille a souffert du communisme dans l'ex-URSS. Le célèbre slogan de l'entreprise, «do no evil» («ne fais pas de mal / ne sois pas maléfique»; en avait pris un sacré coup.
 
Plier ou être bloqué: Google n'est pas le seul avec ce dilemme. Yahoo est poursuivi en justice par un dissident chinois condamné à 10 ans de prison qui accuse l'entreprise américaine d'avoir fourni ses mails aux autorités chinoises. Yahoo avait déclaré ne faire que se plier à la loi. Microsoft fait de même avec Windows Live Spaces. D'autres, en revanche, avaient catégoriquement refusé la censure, comme Altavista. Le moteur avait préféré expliquer aux internautes comment contourner le firewall grâce à des proxies ou des réseaux privés virtuels (VPN).
 
Beaucoup relèvent que la cyber-muraille n'est pas vraiment hermétique. Mais les 40 euros annuels que coûte un VNP représentent une semaine de salaire d'un ouvrier chinois, rappelle James Fallow, de The Atlantic. Selon lui, un Internet complètement verrouillé n'est d'ailleurs pas le but des autorités. Il s'agit simplement de rendre les mesures de contournement assez pénibles pour que la majorité y renonce. Ou mieux, que la situation incite tout le monde à s'autocensurer.
 
350 millions d'internautes
 
«Presque toutes les entreprises acceptent les conditions chinoises», expliquait Reporter sans frontières à 20minutes.fr. Si elles marchent sur une fine ligne grise, c'est que le marché chinois est en plein boum. En dix ans, le nombre d'internautes a été multiplié par dix, pour atteindre 350 millions fin 2009.
 
Certes, Google n'a qu'un tiers du marché, loin derrière le leader local Baïdu.cn. Selon le FT.com, la Chine pèse pour moins de 1% dans le chiffre d'affaires de Google (200 millions de dollars sur plus de 20 milliards). Certains estiment donc que si Google se retirait effectivement de Chine, le sacrifice ne serait que mineur. A court terme, effectivement. Mais menacer de renoncer à 30% d'un marché en pleine croissance est un sacré coup de poker. Reste à savoir de quelle main Google dispose dans ses négociations avec le gouvernement.
 

Philippe Berry
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