DAKAR - Cette année, les difficultés ont débuté dès le troisième jour...
De notre envoyé spécial au Chili.
«Le jour de repos, c’est bien dans deux jours? Quoi, dans quatre jours? On est seulement mardi!» L’étonnement mêlé à l’épuisement du motard Gilles Diguier, à l’arrivée de la quatrième étape, témoigne bien du sentiment général. Cette année, le
tracé du Dakar ne fait pas de cadeau. De nombreux concurrents attendaient avec impatience les galères des dunes. Ils sont servis.
Une troisième étape infernale
De l’avis général, l'étape entre La Rioja et Fambiala fut la partie la plus compliquée à négocier de cette première semaine de course. «C’était un condensé de toutes les difficultés, analyse le Belge Eric Palante. Un sable très mou, des côtes pentues, une chaleur de plomb.»
Au final, pas moins de
67 abandons toutes catégories confondues et des galères en cascade. «Je me suis fait une entorse au pouce, j’ai dû piloter ma moto avec une seule main», explique Annie Seel, Suédoise de poche, championne du monde de rallye-raid. Des conditions à la limite. «Ce qui m’a fait peur, c’est la partie nocturne, se rappelle André Lenoble. J’ai terminé l’étape à 22 heures avec un phare cassé et l’autre qui pendouillait.» Et parfois, la malchance va trop loin pour continuer. «Je me suis perdu. J’ai grimpé la mauvaise dune et en redescendant, ma moto a touché un rocher, raconte Pierrick Bonnet qui suit désormais le Dakar dans les voitures d’assistance. Je me suis retrouvé par terre avec une jambe coincée sous la moto en plein milieu de la pente. Je ne pouvais pas atteindre ma balise, j’ai eu peur. Et puis, j’ai réussi à dégager ma jambe et un hélicoptère est venu me secourir au bout de quatre heures.»
L’organisation a-t-elle sous-estimé le terrain?
David Castera, responsable du parcours, reconnaît que la troisième étape était plus compliquée que prévu: «En voyant les premiers temps de passage, j’ai compris que ça allait poser problème.» Ce n’est pourtant pas faute d’avoir reconnu chaque étape avant d’y faire passer la course. «Le problème, c’est qu’on fait les reconnaissances en hiver [les saisons sont inversées dans l’hémisphère sud], poursuit Castera. A cette période plus fraîche de l’année, le sable est dur. Lors de notre passage, nous n’avons ressenti aucune difficulté.»
L’excuse du sable changeant n’est cependant pas totalement recevable car ce parcours était déjà connu puisque la douzième étape de l’an dernier était presque identique dans l’autre sens. «Ils nous ont remis la partie avec des rios étroits. C’est beau, mais sportivement, ça n’a aucun intérêt», déplorait
notre blogueuse Isabelle Patissier, après cette étape qui lui fut fatale. «On pensait que les concurrents rameraient seulement dans les dunes. Là, ils ont galéré tout le long, admet David Castera. On sait que l’étape de Fiambala pose problème, mais pour faire la liaison entre l’Argentine et le Chili, il n’y a pas beaucoup d’alternative.»
«C’est pour ça qu’on fait le Dakar!»
Ces péripéties auraient probablement dégoûté le commun des mortels. Mettre autant d’énergie et d’argent dans un projet pour finir sur les rotules, voire pour ne pas aller au bout, ça a de quoi rendre fou. L’an passé, les organisateurs avaient d’ailleurs fait preuve de mansuétude neutralisant certaines étapes jugées trop compliquées et repêchant les concurrents malheureux. Cette année, c’est niet!
Mais Isabelle Patissier comme tant d’autres accepte les règles du jeu: «L’an passé, on s’était plaint de ces repêchages, donc il faut rester cohérent. La course est finie pour nous mais on n’est pas amer.» Parmi la dizaine de pilotes encore dans la course que 20minutes.fr a interrogé, tous s’accordent à dire que la souffrance fait partie de l'épreuve. «Ce n’est jamais assez dur, maintient Eric Palante, un brin masochiste. Cette difficulté, c’est ce qui fait la valeur de la course. C’est pour ça qu’on fait le Dakar!»
Matthieu Payen (à Iquique, Chili)