Guerlain Chicherit: «Le Dakar est une course d'endurance, il faut savoir temporiser»

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Publié le 31 décembre 2009.

DAKAR - Le fougueux pilote BMW apprend à ménager sa monture...

A 31 ans, Guerlain Chicherit est double champion du monde de freeride, champion du monde de rallye-raid et il vient de créer sa marque ski Coreupt. Cela fait quelques années qu'il mène sa vie à cent à l'heure. Pourtant, à l'approche du Dakar 2010 auquel il prendra part, le garçon semble assagi. L'âge, l'expérience et, paradoxalement, l'envie de gagner l'ont conduit à changer.

 
>>Retrouvez les coulisses du Dakar 2010 en cliquant ici


Le Dakar débute dans quelques semaines. Pas trop stressé?

Non. Je passe 95% de mon temps à m'occuper de ma marque de ski et je me rends compte que grâce à ça je m'enlève la pression du Dakar parce que je n'ai pas le temps d'y penser. Auparavant, j'étais tellement obnubilé par la course, je me préparais tellement pour ça, que je me mettais une pression inutile. Maintenant, je considère plus le Dakar comme mes vacances.


Mais le Dakar, c'est du sérieux.

Le sport auto, c'est ma passion. Depuis que je suis gosse, j'ai toujours été fan de bagnoles, fan de pilotes. Avoir un volant entre les mains, ça a toujours déclenché quelque chose de très fort chez moi. D'abord en karting, puis après, avec le permis. (il sourit) C'est facile de le dire maintenant avec du recul, mais il faut être honnête. Quand j'avais 18-20 ans, j'ai fait un peu le con, j'ai abusé. J'ai eu de la chance qu'il ne m'arrive rien et surtout que je ne provoque rien. A l'époque, je choisissais mes heures, je roulais la nuit. Les gendarmes du coin savaient que je le faisais.


Vous avez changé?

Je ne sais pas si ça vient avec l'âge, mais je suis plus conscient des risques. Et puis, le permis, c'est aussi mon métier. Entre les spéciales, on roule sur des routes ouvertes, donc on doit se conformer aux réglementations routières.


En course, ça se passe comment?


Moi, dès que ça glisse je me sens bien. Ce qui m'amuse avec une voiture, c'est de déraper. J'ai toujours eu un style un peu particulier. Parfois, j'en rajoute un peu.


Votre copilote en dit quoi?

Cette année, j'ai changé. Je ne veux surtout pas dénigrer mon ancien copilote [Matthieu Baumel], mais à un moment donné on s'est rendu compte qu'on était limité dans notre progression. On est devenu copain, et parfois quand on est copain, il y a des choses qui ne sont pas faciles à dire ou à entendre. Moi, j'avais besoin d'un peu de coaching dans la voiture pour m'aider à caler ma vitesse et lui avait plutôt tendance à aller dans mon sens, à me dire «aller on y va, on y va». Du coup, on a souvent été en passe de faire des trucs géniaux, et puis à chaque fois on a fait des erreurs de jeunesse, on a eu des accidents.


Comme en 2007.

Oui, ce coup-là, j'ai eu très peur. J'ai vraiment cru qu'on allait se tuer. J'ai vu le truc arriver. Je me suis dit : «Allez, c'est cuit.» J'étais vraiment dans le gaz. On n'a pas eu de grosses séquelles et vu l'accident on s'en est bien sorti. J'ai pas mal cogité, j'ai revu l'accident des milliers de fois dans ma tête. J'ai essayé de comprendre pourquoi j'avais pas vu cette bosse. C'était l'enfer. Quand je suis remonté dans la voiture, il m'a fallu encore six mois pour réapprendre à rouler. Je n'y arrivais plus. Dès que je voyais une bosse, je freinais. C'est de la folie. A ce moment-là, mon copilote de l'époque m'a aidé. Il a voulu remonter avec moi malgré l'accident, c'était déjà une belle preuve de confiance.

 
Qui est votre coéquipier aujourd'hui?

Une Suédoise qui s'appelle Tina Thörner. Rien à voir avec la chanteuse (rire). C'est une copilote d'expérience qui a roulé avec Colin McRae pendant deux ans, puis avec Nasser Al-Attiyah. Tina n'hésite pas à tirer sur le frein à main quand il faut. Le Dakar, c'est une course d'endurance où il faut savoir temporiser un peu.


Tina apprécie-t-elle votre conduite?

Elle sait comment je suis. Et puis, elle ne peut pas me l'enlever. C'est ce qui fait que ça me plaît de rouler. Si c'est juste rouler pour gagner... Parce qu'au bout du compte, la victoire je l'apprécie cinq minutes et après je passe à autre chose.

 
Cinq minutes ?

Ah ouais, franchement. Autant, quand je perds, ça me mine le moral pendant des semaines, ça me ronge et j'essaie de comprendre où est-ce que je me suis planté. Autant, quand je gagne, hop, ça y est, c'est fini. C'est bizarre, hein?


Du coup, quand vous aurez gagné le Dakar...

 (il coupe) Il faudra en gagner un deuxième. Il n'y a rien de mieux en rallye-raid que le Dakar, c'est la course ultime. J'ai gagné la Coupe du monde [de rallye-raid] cette année. C'est bien, mais je ne le conçois pas comme un aboutissement. C'est pas aussi suivi et disputé que le Dakar.


Et d'autres disciplines vous tentent?

Il n'y en a pas cinquante. Le WRC, j'ai essayé et malheureusement il n'y a pas de place pour moi. J'ai peut-être pas non plus été super bon, j'ai cassé pas mal de voitures. Donc revenir en WRC, c'est pas possible. Après, il y a des courses qui me font rêver comme Le Mans. Sur l'asphalte, je ne suis pas super à l'aise, mais c'est une course mythique et c'est ce qui m'attire. Mais pour cette année, j'ai déjà mon objectif, gagner le Dakar.
Propos recueillis par Matthieu Payen
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