Nicolas Anelka: «En équipe de France, on ne ressent pas de soutien» (2/2)

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Publié le 16 décembre 2009.

INTERVIEW - Alors qu'il vit l'une des saisons les plus accomplies de sa carrière, l'attaquant de Chelsea s'est longuement confié à 20minutes.fr...

Lové dans un fauteuil en cuir, l’attaquant de Chelsea reçoit dans une loge de Stamford Bridge, lundi après-midi. Derrière la baie vitrée, il pleut sur la pelouse, plongée dans l’obscurité. L’Iphone posé sur le ventre et vêtu d’un polo «39Pro», son numéro de maillot à Chelsea érigé en marque de vêtement, l’ancien mal-aimé du foot français se confie à 20minutes.fr. Sans esquiver le moindre sujet, il évoque dans un entretien en deux volets, sa relation avec Domenech, la main de Henry et sa rancoeur vis-à-vis des médias français. Deuxième partie. 
 
Aujourd’hui, Raymond Domenech vous a piqué le rôle du mal-aimé du football français. Cela doit vous faire rire intérieurement, non?
Ça change vite… Aujourd’hui, il est le mal-aimé. Comme Aimé Jacquet à l’époque. Maintenant, Jacquet est le roi. Parce qu’il a gagné une Coupe du monde. Tout peut vite changer, il faut juste être patient, être fort dans la tête. Et lui, il patiente. Peut-être que dans six mois, il sera le boss et plus personne ne pourra l’insulter.
 
En attendant, c’est quelqu’un qui aime bien la provocation. Un peu comme vous il y a quelques années… (il coupe)
Il provoque, oui, parce que les journalistes le provoquent. Quand je vois les questions qu’on lui pose. C’est devenu un jeu. Des fois, tu n’as pas envie de répondre. Des fois, tu entres dans le jeu et tu réponds à côté. Faut comprendre. Quand je vois les questions des médias français… Ils cherchent toujours quelque chose. Nous les joueurs, on grille les provocations. On en parle. On se dit, «les journalistes, ils sont graves».
 
Vous êtes vous mis dans la peau de Thierry Henry, au lendemain de France-Irlande?
Laisse tomber... On ne m’aurait pas détruit. J’aurais qualifié la France et c’est tout. C’est tout ce qu’il faut voir. La France est qualifiée. Si cela avait été contre nous, on aurait commencé à pleurer. Bah non, cette année, on ne pleure pas. On y va. Il y a des années où on a pleuré. Je me souviens Marseille et la main de Vata. Ce sont toujours les Français qui pleurent. Mais pas cette fois. C’est comme ça qu’il faut le voir.  Maintenant, on va là-bas pour gagner. Il y a des gens qui vont rigoler… Mais dans notre tête, on peut le faire.
 
Vous comprenez que certains doutent des chances de l’équipe de France, justement?
Ils peuvent rire. Quand Raymond Domenech a dit on va en finale en 2006, ça a fait rire. On verra bien. Pourquoi l’équipe de France ne mériterait-elle pas sa place? Je ne comprends pas. Je n’ai pas compris non plus pourquoi, après le match aller face à l’Irlande, on entendait qu’on n’avait pas mérité la victoire. Soi-disant, on affrontait une équipe de fous. On gagne 1-0 là-bas. C’est ça les grands. Tu es une grosse équipe quand tu vas gagner 1-0 à l’extérieur. Et après ça, on n’a pas senti les gens derrière nous. Soi-disant, on n'avait pas vu une grosse équipe d-Irlande. On était tombés contre des peintres... Nous, les joueurs, on n’a pas aimé ça.
 
Vous ne vous sentez jamais soutenus quand vous êtes avec les Bleus?
Non (direct). C’est pour ça qu’on a toujours la rage. Faut pas croire, on sait quand on joue mal. Après le match retour face à l’Irlande, on s’est dit avec Evra, Titi: «Mais on a été dégueulasses!». Le coach aussi a dit qu’on a été bidons. On le sait. Mais quand on fait des trucs bien, il faut le dire. On dirait que quand on gagne 3-0, c’est normal. Et quand on perd, là, allez. C’est pour ça qu’on ne ressent pas de soutien.
 
Il y a une réelle cassure entre les joueurs et l’environnement extérieur? Le public, les médias?
C’est vous qui la faite la cassure. La presse. Si vous dites qu’on sort du bus avec un walkman et tout ça…
 
Enfin, c’était Guy Carlier… 
Je l’ai entendu. Est-ce que Guy Carlier a regardé les autres joueurs du monde entier ? Ils sortent tous du bus avec un casque. Qu’est ce qu’il raconte? C’est là où on se dit que c’est du n’importe quoi. On sort du bus, on est dans notre truc. Si t’as un casque, il est où le problème? Nous, on trouve que la presse monte les gens contre nous. Elle cherche toujours un problème à l’intérieur du groupe. Henry a parlé avec le coach. C’est une discussion normale. Non, pour vous, c’est un clash!
 
L’ère Domenech a commencé sans vous alors qu’aujourd’hui, vous êtes indispensable aux Bleus. Au-delà de vos performances, que s’est-il passé sur le plan humain entre vous?
C’est juste le dialogue. A la base, il ne me connaissait pas beaucoup. Il avait entendu parler de moi. Après, au fur et à mesure, on a appris à se connaître. Je n’ai eu qu’une seule sélection avec lui chez les Espoirs. Je n’ai jamais eu de dialogue comme ça avant avec un sélectionneur. Avant, il y avait Santini, c’était impossible de parler avec lui. Lemerre, pareil. Jacquet, c’est ça, hein? Impossible aussi. Malgré ce qu’on a pu dire, c’est avec Domenech que j’ai les meilleurs rapports.
 
Pensez-vous qu’il ait besoin d’un patron pour le superviser. Au hasard, Jean-Michel Aulas?
Qu’il reste à Lyon, déjà. Je n’arrive même pas à comprendre ce qu’il a dit. Venir, pour quoi faire? A Lyon, il est très bien. Je ne sais pas ce qu’il pourrait apporter à l’équipe de France. Franchement, je ne sais pas du tout. Raymond Domenech est encore là pendant six mois. Voilà.
Propos recueillis par Romain Scotto
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