Parmi la foule d'objets - biographies, albums photo, livres témoignages... - qui rendent, en cette fin d'année, hommage à Alain Bashung, on compte étonnement peu de disques... Il en est un, tout de même, qui attestera à la postérité que le chanteur resta, jusqu'à sa fin, un homme de scène d'exception.
Le double album Dimanches à l'Elysée a été enregistré en décembre 2008, alors qu'Alain Bashung donnait un rendez-vous hebdomadaire sur scène à ses fans. Ceux qui assistèrent à ses ultimes concerts avaient bien en tête la possible fin imminente de leur idole quand ils s'installaient dans la salle parisienne de l'Elysée Montmartre.
Et pourtant, dès les premières notes, dès qu'apparaissait Alain, la tendresse de l'artiste pour son public, la force de sa présence, chassaient les spectres de la maladie et de la mort. Admirablement produits et enregistrés, ces concerts gardent toute leur puissance passés sur disque. De Comme un Lego, étiré à la façon d'un psaume mystique et entêtant, à la soyeuse reprise des Moody Blues, Nights in White Satin, nouvelles chansons et classiques bashungiens revisités s'alternent dans un ballet ininterrompu d'émotions. Un soupçon de Dylan en intro d'Osez Joséphine, des vocalises orientalisantes sur La nuit je mens, un Madame Rêve dont la sensualité repousse les frontières connues du trouble...
Bashung n'a pas peur de bousculer les lignes mélodiques de ses tubes, et met dans ses interprétations une passion tout en retenue. On sait que le chanteur mettait un point d'honneur à « progresser » sans cesse sur scène. La qualité de ses ultimes concerts nous fait, encore plus, regretter qu'il nous ait quitté. W