des ritournelles au bout de la manivelle

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Publié le 14 décembre 2009.

Indifférent aux regards torves que peuvent lui lancer certains commerçants ou riverains, Claude Scheer tourne depuis trente-deux ans sa « manivelle de l'amour » dans les rues de Strasbourg. Le Petit Vin blanc, Les Amants de Saint-Jean ou bien en ces veilles de fêtes Petit Papa Noël... Jour après jour, ce petit homme rejoue inlassablement sur son orgue de barbarie des vieux airs de la chanson française. Heureux et fier d'accomplir la mission qu'il s'est fixée : « Donner du charme à la rue, de l'âme et du coeur aux gens. »

« Lorsque je joue Lily Marlène et que je vois une mamie avec les larmes aux yeux ou quand des enfants dansent autour de mon instrument, cela suffit à éclairer ma journée », confie ce Strasbourgeois d'adoption âgé de 59 ans. « Ce que j'aime dans ce métier, c'est rencontrer du monde », poursuit-il. Et avec le marché de Noël, il est plutôt servi. De petits attroupements de touristes se forment autour de lui, fascinés par ce bonhomme à l'air espiègle et son instrument. « Y'a du monde. Du coup, je gagne plus d'argent, mais juste de quoi vivre simplement », souligne-t-il déçu d'avoir dû troquer ses beaux habits d'époque, costards, noeud-papillon et chapeau haut-de-forme, contre un jogging confortable. « J'ai quelques problèmes à la jambe en ce moment », explique-t-il. « C'est quelqu'un de très courageux, précise Jérémie Belot, un étudiant de 22 ans qui l'a rencontré au détour d'une rue et avec qui il s'est lié d'amitié. Il ne se plaint jamais du froid ou de ses problèmes de santé et préfère ne pas prêter attention aux ados qui foutent de sa gueule. C'est un passionné. » En digne amoureux de musique mécanique, Claude Scheer collectionne d'ailleurs les orgues de barbarie et les boîtes à musique. « C'est mon grand-père, artiste de rue, qui m'a appris à aimer cet instrument et à manipuler la manivelle en rythme et avec délicatesse. Je l'ai accompagné jusqu'à sa mort dans les rues de Saverne [ville dont il est originaire]. Puis, j'ai décidé de reprendre le flambeau », se souvient-il.

Pendant des années, l'artiste a parcouru la France et l'Europe avec son orgue de barbarie. « Mais maintenant, ce n'est plus possible », regrette-t-il. Toutefois, grâce à Jérémie, il va accomplir un de ses rêves, réaliser ses propres partitions et renouveler son répertoire avec des classiques du jazz et des musiques de film. Histoire de varier les plaisirs pour les riverains. W

Sonia de Araujo
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