Travailler sans être contraint de renier ses valeurs. Une quête de sens de plus en plus marquée chez les Français car, selon une étude de Kelly Services parue début novembre, 78 % d'entre eux souhaitent exercer dans un cadre intégrant une dimension éthique, un souci de l'environnement et une politique socialement responsable. Et près d'un sur deux se dit prêt à accepter un salaire inférieur pour travailler dans une entreprise « éthique ». Une tendance ravivée par la montée en flèche du mal-être des salariés ces dernières années. « Les cadres, notamment, vivent des situations schizophréniques, car ils doivent par exemple demander à leurs équipes de consentir à des efforts salariaux alors qu'ils savent que leur entreprise est en bonne santé. Certains décident de claquer la porte lorsque l'occasion se présente, afin de réconcilier leur mode de management avec leurs idéaux », confirme Nicolas Froissard, cofondateur du Salon de l'emploi responsable (lire encadré). Pour ce faire, ils choisissent généralement des organisations s'éloignant du modèle de l'entreprise traditionnelle, animée principalement par la culture du profit. Conséquence : aujourd'hui, 2,2 millions de salariés travaillent dans l'une des 215 000 structures de l'économie sociale et solidaire.
Parmi celles-ci figurent les associations et les mutuelles, dont le but lucratif est limité. Mais il en existe aussi de moins connues, comme les sociétés coopératives de production (Scop), des entreprises dont les salariés détiennent des parts et participent donc aux décisions stratégiques, touchent des dividendes... Un processus démocratique généralement très apprécié par les principaux intéressés. Autre modèle : les entreprises d'insertion, qui ont une vocation sociale car elles embauchent des travailleurs en situation d'exclusion pour leur inculquer un savoir-faire, afin de leur permettre d'accéder au marché de l'emploi classique. Ces structures recrutent aussi des professionnels aguerris, chargés d'encadrer et d'apporter leur expertise aux personnes en difficulté. Ou comment allier travail et solidarité. Dans le même esprit, les entreprises adaptées, qui emploient au moins 80 % de travailleurs handicapés, accueillent aussi des salariés valides désireux de s'investir dans un projet à but social.
Ceux qui choisissent l'une de ces voies consentent généralement à un sacrifice financier : « Pour les emplois peu qualifiés, les salaires sont plus élevés dans l'économie sociale et solidaire. Mais pour les postes de direction, ils sont inférieurs de 20 à 30 % à ceux pratiqués dans les entreprises classiques », explique Nicolas Froissard. Malgré tout, rares sont ceux qui regrettent leur choix. « Même s'ils travaillent autant qu'avant, ils rayonnent. Car oeuvrer pour l'intérêt général donne un sens à leur vie. » W