FOOT - Leader surprise de Ligue 1 après 13 matchs, l'AJA relativise. À l'image de son entraîneur, Jean Fernandez...
«Auxerre est bâti sur la pierre et ne périra pas». Inscrite à l’entrée du Stade de l’Abbé-Deschamps, la devise de
l’Association de la Jeunesse Auxerroise vient rappeler au visiteur d’un jour quel genre de club il contemple. Tombé dans un certain oubli depuis le départ Guy Roux, promis à moyens termes à l’échafaud pour la Ligue 2, l’AJA savoure mais ne se gargarise pas de son inattendu maillot jaune de la Ligue 1 enfilé après une étonnante série de sept victoires consécutives.
«Cette première place ne veut rien dire»
L’effusion, les mots qui claquent, les objectifs des caméras et les psychodrames: les Bourguignons laissent tout cela à leur «voisin» du PSG chez qui ils défendent leur première place samedi. Pour un peu, Jean Fernandez regrette presque
d’être aussi haut dans le classement. «J’aurais préféré aller au Parc en étant huitième plutôt que premier. Pour nous, c’est un piège. Je ne sais pas comment les joueurs vont gérer cette situation», s’inquiète l’entraîneur auxerrois qui reçoit sans rendez-vous dans son bureau où s’empilent les DVD des matchs des adversaires passés et à venir.
A 55 ans,
l’homme qui a lancé Zidane à Cannes affiche un certain détachement face aux louanges et à l’intérêt médiatique du moment. «Les circonstances font qu’on se retrouve premier, mais ça ne veut rien dire. Moi, je suis surtout content pour les joueurs. Quand ils sont heureux, je suis heureux. Mais quand ils sont tristes, je ne vais pas bien. Ma vie d’entraîneur c’est ça», s’épanche celui qui a déjà eu sa dose de pression médiatique pour avoir dirigé l’Olympique de Marseille entre 2005 et 2006.
Un début d’enthousiasme… à la Poste
A observer les rues de la préfecture de l’Yonne, il semble d’ailleurs que les 38.000 Auxerrois recensés se soient donné le mot pour cacher leur joie. A Auxerre, les joueurs peuvent vaquer à leurs occupations dans une douce indifférence. Enfin presque. «Quand je vais à la Poste, les gens me félicitent plus que lorsque l’équipe était 17e», note Adama Coulibaly qui n’oublie pas le début de saison catastrophique de son équipe (un point en quatre matchs et zéro but marqué). Musulman convaincu, le défenseur malien préfère s’en remettre à Allah quand on lui demande de se mouiller sur le classement final de l’AJA: «On ne sent pas dans la peau d’un leader. On va continuer notre petit chemin et on va voir ce que Dieu nous réserve».
A la même question, son entraîneur préfère une réponse plus laïque. «On ne va pas continuer à gagner indéfiniment. A un moment dans la saison, on va connaître un contrecoup. C’est à ce moment-là qu’il faudra se souvenir de notre série actuelle», remarque un Fernandez qui se garde pourtant bien de dire qu’il vise d’abord le maintien, ce leitmotiv plus proche de la boutade cher à Guy Roux. Quatre ans après le départ d’un entraîneur qui a hissé un club des rangs amateurs au titre
de champion de France en 1996, l’AJ Auxerre sort enfin de
l’ombre tutélaire de l’homme au bonnet. Et si c’était ça la première réussite de Jean Fernandez?
A Auxerre, Alexandre Pedro