A l'heure où il aurait dû partir au travail, il a choisi de se donner la mort chez lui. Dominique P., cadre du site toulousain de Thales Alenia Space, s'est suicidé le 1er avril 2008, à l'âge de 47 ans. Sa veuve, Claude, et le syndicat CGT de l'entreprise ont dévoilé hier que sa mort vient d'être reconnue comme accident du travail par la commission de recours amiable de la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de la Haute-Garonne. N'ayant relevé aucun problème extérieur à sa vie professionnelle, elle a en effet conclu à un décès « survenu du fait du travail ».
Un épilogue plutôt rare en France, puisque seulement quarante-neuf suicides ont été déclarés comme ayant une cause professionnelle en 2008. Au-delà d'un barème d'indemnisation différent, cette reconnaissance est pour Claude P. « un moyen de rendre toute sa dignité » à son mari. « Ce jour-là, il devait avoir un entretien avec sa hiérarchie pour fixer ses objectifs annuels », raconte celle dont « la vie de femme comblée a basculé en un instant pour se transformer en descente aux enfers ».
« Ce responsable qualité a dû faire face à de fortes pressions dues à une double hiérarchie, chacune d'elle se déchargeant sur l'autre. Il avait aussi alerté à plusieurs reprises ses responsables du stress qu'il subissait », explique Philippe Queulin, le responsable CGT, qui déplore que « les méthodes managériales n'aient pas changé depuis ».
L'employeur, lui, indique qu'un plan de prévention des risques psychosociaux est en place dans l'entreprise depuis fin 2007. « Il s'agit d'un événement tragique qui nous a tous bouleversés. En juillet, la CPAM avait choisi de ne pas classer ce suicide en accident du travail. Nous venons d'apprendre que la commission de recours amiable a changé la décision sur la base d'éléments nouveaux que nous ne connaissons pas encore », ajoute Henri Brochet, le responsable du site. Claude P. n'exclut pas d'attaquer en justice pour faute inexcusable. W