Quelques applaudissements ont fusé des bancs des anciens salariés à l'énoncé de la relaxe. Puis une victime s'est levée et s'est exclamée : « C'est honteux, parce qu'il n'y a pas les preuves on relaxe », quittant la salle aux bords des larmes. Cette colère, ils sont plusieurs à l'avoir exprimé, la plupart du temps calmement, encore sonné par l'uppercut du jugement. Pour certains, c'est celle de l'incompréhension. « Il va falloir expliquer aux gens pourquoi lorsqu'un jeune est soupçonné d'un vol de scooter, on le condamne sans qu'il y ait de preuve tangible et là pour une catastrophe de cette ampleur, on relaxe », s'énerve Agnès Caséro, avocat du comité de défense des victimes d'AZF. « Ce jugement va conduire à un sentiment d'exaspération de la population sinistrée », enchaîne Jean-Paul Tessonniere, avocat de la CGT.
«Je peux comprendre que le tribunal ait besoin de certitudes pour pouvoir condamner, il en a besoin précisément parce que la commission d'enquête interne de Total s'est employée à faire disparaître ces certitudes, notamment la benne, et à modifier la scène du crime. Ce qui est lamentable dans ce jugement qui manque de courage, c'est qu'on ouvre la porte à la délinquance industrielle », a invectivé le président de l'association de familles endeuillées, Gérard Ratier qui a perdu son fils dans la catastrophe. « Tout ça pour ça. C'est une justice fondamentaliste, sclérosée, archaïque avec le souci premier de se protéger elle-même. Ceux qui vont comprendre ce sont les industriels qui vont continuer à serrer la ceinture sur la sécurité », a lâché Frédéric Arrou, président des sinistrés du 21 septembre. W