Vous avez interviewé Clémentine Autain
Créé le 19.11.09 à 11h10
Mis à jour le 25.11.09 à 16h42
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VOS QUESTIONS - Elle vous a répondu sur le «Postcapitalisme»...
Clémentine Autain, l'ancienne conseillère de Paris apparentée communiste et proche du NPA depuis peu, coordonne un ouvrage intitulé
«Postcapitalisme, imaginer l'après» (Editions du Diable Vauvert). Elle a répondu à vos questions:
Que proposez vous pour lutter contre le prix indécent des loyers qui contribue grandement à l'asphyxie financière des ménages?
Sergi
Tout simplement un encadrement légal des loyers. Tant que le marché aura la main, nous serons soumis à la logique de l'offre et de la demande qui aboutit dans les faits à la négation du droit au logement. Nous devons
appliquer la loi de réquisition des logements vides, investir massivement dans le logement social et réglementer le marché privé du logement. L'intervention sur le coût du foncier est indispensable. Il faut donc des lois qu
i contrarie la logique libérale dans ce domaine (et ailleurs !), et la création d'un grand service public du logement.
Bonjour, existe-t-il des simulations économiques où l'amplitude des revenus serait radicalement compressée?
Tournesol
Pourquoi simuler? Il faut revoir l'échelle des revenus parce qu'elle est injuste. Qu'est-ce qui justifie sérieusement que quelqu'un gagne 250 fois plus que son voisin? Le problème, c'est que nous sommes dans une économie capitaliste mondialisée qui entend imposer ses normes de compétitivité et de concurrence partout. Tout l'enjeu est de remettre à l'endroit ce qui le libéralisme économique met à l'envers, pour reprendre la devise de la Fondation Copernic. La faisabilité d'une idée est d'abord liée au nombre de gens, à la force de ceux qui la porte. Les congés payés auraient parus insensés, irréalisables, au plus grand nombre avant 1936. C'est parce qu'un mouvement populaire a revendiqué ce droit qu'il fut possible. Ceci dit, je plaide pour que l'expertise économique soit également du côté de la gauche dite de gauche. Nous avons des valeurs et des idéaux qui doivent être confrontés aux sciences sociales et économiques.
L'égalité est une des idées qui fonde le communisme. Mais l'égalité absolue ne conduit elle pas au minimalisme absolu? Je m'explique, pourquoi travailler plus que mon voisin s'il obtient la même chose que moi en retour? Par voie de conséquence, cet égalitarisme n'est-il pas une enchère au moins disant?
Poney
Aujourd'hui, la valeur du travail est particulièrement malmenée. Quand on voit que la rente, les revenus du capital, rapportent plus que le travail, on se dit que là est la première injustice... Pour parvenir à l'égalité, nous devons partager les richesses, et donc combattre ceux qui s'approprient les richesses produites par d'autres ! La hiérarchie des revenus doit être posée dans notre société. Elle est aujourd'hui largement taboue. La pénibilité n'est pas réellement récompensée. Certains salaires, qui atteignent plus de 300 fois le SMIC, sont tout simplement indécents. Que l'on continue à distribuer des bonus aux cadres dirigeants quand la courbe du chômage explose et que les effets de la crise se répercutent gravement sur la situation de nombreux salariés, c'est intolérable. Après, vous posez la question du revenu, du travail, de la motivation. La mise en concurrence généralisée entre les salariés et la valorisation de l'argent comme moteur de vie, qui sont au coeur de nos sociétés occidentales, doivent être remis en cause. La diminution du temps de travail pour tous, avec soncorollaire le partage du travail, doivent être recherchés. La gauche doit poursuivre cette perspective émancipatrice.
Le XIXème siècle européen a formulé plusieurs propositions de modèles politiques, sociaux et économiques, des plus audacieux, comme celui de Fourier, aux plus pragmatiques, tel celui de Michel Bakounine, jusqu'aux plus radicaux, comme ceux prônés par les Louise Michel et autre Rosa Luxemburg. Comment expliquez-vous la chape de plomb idéologique qui recouvre aujourd'hui toute ces perspectives, et que le Marxisme avait, à l'époque, occultés?
NTZ
La chape de plomb idéologique concerne l'ensemble de la pensée critique, mise au rencart. D'ailleurs, la manière dont on a célébré la chute du Mur de Berlin est éloquente: nous ne nous sommes pas vraiment intéressés aux causes de l'échec, à la réalité plus contradictoire qu'il n'y paraît du système soviétique; c'est globalement l'entrée dans un monde prétendu libre qui a été valorisé, fêté. Comme si, à l'heure où le capitalisme est en crise, il fallait se rassurer: aucun autre modèle n'est possible... Or, je crois que la pensée critique reprend du poil de la bête. Précisément parce que les inégalités et les violences que le capitalisme produit émergent au grand jour. Il nous faut donc chercher une autre voie de développement. C'est là que les utopistes comme Fourier peuvent nous aider, que la pensée de Bakounine ou Luxembourg peut nous être utile, que l'expérience de Louise Michel peut nous motiver. Dans le contexte de perte de repères idéologiques et stratégiques, il est essentiel de se pencher sur l'histoire, de lire et de relire les intellectuels qui ont marqué la pensée politique critique. Il y a évidemment à prendre et à laisser... Mais ayons l'ouverture d'esprit et l'intelligence de puiser dans les différentes cultures, communistes, socialistes, anarchistes, féministes, pour repenser un projet une stratégie de ruptures dignes du XXIe siècle.
Le rapprochement Front de gauche, NPA et autres n'est-il pas un enterrement politique quand au fait d'être un jour au pouvoir, car il y a bien peu de chance que ce soit un objectif des dirigeants actuels et des militants cela veut il dire que l'anti ce qui se fait restera le dogme de demain?
Sansykonne
Le rapprochement Front de Gauche et NPA est au contraire un préalable pour sortir de la seule posture contestataire - aussi fondamentale soit-elle - et pour entrer dans une phase de construction sérieuse d'une alternative à Sarkozy! Tant que la gauche anticapitaliste et antilibérale sera éparpillée, elle ne pèse pas suffisamment pour changer les rapports de force à gauche. cet accord large serait le moyen de montrer que nous prenons au sérieux notre responsabilité qui est de construire d'autres majorités - sociales, politiques, d'idées. Nous en pouvons pas nous contenter de critiquer le PS, de constater son hégémonie à gauche. Nous devons nous mettre en situation d'offrir une perspective, d'ouvrir l'espoir. Cette quête d'unité doit s'accompagner d'un travail de refondation du projet. Le fait que nous n'ayons pas de mot fédérateur pour l'exprimer en positif - et pas seulement sur le mode de l'anti - est symptomatique. Pas question de s'en satisfaire: nous avons du pain sur la planche. Mais après tout, c'est stimulant, enthousiasmant. La gauche est dans un tel état que la possibiltié que l'autre gauche émerge et bouscule la donne est une hypothèse sérieuse. A la condition de la prendre au sérieux et de se mettre en situation de répondre à ce défi, le seul qui vaille la peine. Un peu d'auto-promo: je développe tout ça dans mon dernier livre, Transformer à gauche, paru tout récemment au Seuil.
Comptez-vous vous présenter aux régionales? Si oui, où et avec quel parti?
Kriek
Pour l'instant, je suis investie - au titre de la Fédération pour une alternative sociale et écologique - dans les réunions unitaires qui ont rassemblé régulièrement l'ensemble des composantes de l'autre gauche depuis le mois de septembre. Nous avons cherché un accord large, nous peinons aujourd'hui à ce que le Front de Gauche et le NPA fassent cause commune. C'est extrêmement regrettable. Jusqu'au bout, nous nous battrons dans ce sens. Serai-je candidate? Nous n'en sommes pas là... En Ile-de-France, nous ne savons pas encore quelle sera la liste (avec quelle composante, quel programme) ni qui sera le tête de liste (je pense que Patrick Braouezec ferait un très bon candidat, légitime et rassembleur). Je regrette que nous soyons en retard pour rentrer en campagne alors que d'autres sont déjà sur le terrain au quotidien mais pour le reste, ne mettons pas la charrue avant les boeufs.
N'avez-vous pas l'impression qu'en France la gauche parle beaucoup mais ne fait rien (à force de trop parler)?
Jobi
Je trouve pour ma part qu'elle ne parle plus! La gauche peine à faire valoir un discours fort et cohérent s'opposant à la logique néolibérale et autoritaire de la droite au pouvoir. Elle parle beaucoup d'elle-même mais peu de sa vision de l'avenir. Je suis convaincue que la construction d'un discours sur la transformation de la société est le préalable auquel nous devons nous atteler. Aujourd'hui, la gauche est éclatée, décomposée, déprimante. Il faut se mettre au travail sur le fond et savoir reconstituer les clivages sur cette base. En clair, je crois qu'il y a deux grandes orientations à gauche, 'l'une d'accompagnement de l'ordre existant, l'autre de rupture avec lui, et qu'il faudrait donc que le plus grand nombre puisse choisir clairement entre ces deux options.
Pourquoi selon vous la France est un des derniers pays développés à encore voir un parti Communiste dans son paysage politique? Ne pensez-vous pas que les communistes auraient du disparaître après la débâcle de Robert Hue pour se recycler vers un parti de gauche moderne et unie? Si non, pourquoi?
FreeTonio
La tradition communiste est forte en France, elle peut être un point d'appui fructueux pour reconstruire une gauche digne de ce nom, résolue à combattre les méfaits du capitalisme et de toutes les formes d'exploitation et d'oppression. Faisons attention à ne pas totalement mélanger la trajectoire du PCF avec le communisme, les communistes qui existaient avant lui et lui survivront sans doute.... Le PCF a marqué l'histoire politique française du XXe siècle de manière significative. Longtemps, son ancrage dans les milieux populaires lui a valu des succès électoraux. C'est aussi un parti de militants, qui sont souvent ancrés dans les luttes sociales de notre pays. L'érosion du PCF est évidemment liée à ses liens trop longtemps étroits avec l'URSS. Plus récemment, le PCF a sans doute pâti de sa difficulté à se renouveler comme à affirmer son autonomie et son originalité face au PS. C'est aux adhérents du PCF à décider de leur avenir. Pour ma part, je pense que nous devons bâtir une force large, moderne, innovante, combative qui rassemble les différents courants et traditions de la gauche de transformation sociale et écologique. Donc avec les communistes, dont je ne souhaite en aucune manière la disparition! Dans mon esprit, un pays «développé» est un pays dans lequel prospère la valeur d'avenir de «mise en commun» si chère aux «communistes»...
En ce jour de mobilisation gouvernementale contre les violences faites aux femmes, qu'avez-vous à dire sur la politique prévue par Fillon à ce sujet?
Jobi
A vrai dire, je rentre tout juste de Palestine où j'ai passé cinq jours dans une délégation d'une quarantaine de femmes - élus, syndicalistes, journalistes, artistes - organisée par l'AJPF, une association de jumelage entre des villes françaises et palestiniennes. J'ai été absorbée par ce que j'ai vu là-bas : la situation est extrêmement tendue, la colonisation israélienne avance à grand pas et la communauté internationale n'est pas à la hauteur pour imposer une pression et des sanctions à Israël qui ne respecte pas le droit international. J'en reparlerai avec plaisir s'il y a des questions et vous pouvez écouter ma chronique d'hier matin (faite en direct de Jérusalem) sur Les Matins de France - elle est disponible sur mon blog ou sur le site de la radio. Toujours est-il que je n'ai pas encore bien lu et regardé en détail l'annonce de Fillon sur les violences faites aux femmes... En faire une grande cause nationale, c'est une bonne nouvelle. En parler, c'est essentiel. Se doter de moyens réels pour agir, c'est mieux. Laissez-moi avoir un doute à ce sujet. Car les annonces tournent beaucoup autour du volant sécuritaire, la prévention et la sensibilisation semblent marginalisées.
Etes-vous proche du NPA parce qu'on voulait plus de vous à Paris et qu'on ne voulait pas de vous a Montreuil?
Panchito
Que votre question a l'air bienveillante, c'est charmant ! Sérieusement, je n'ai pas constaté que l'on ne voulait plus de moi à Paris. J'ai fait le choix de ne pas me représenter après un mandat de quasiment sept ans à Paris, comme élue du 17e apparentée au groupe communiste et adjointe au Maire de Paris en charge de la jeunesse. Pour des raisons personnelles et politiques, je me suis installée à Montreuil. En effet, le maire sortant Jean-Pierre Brard (PCF) a mis un veto sur ma potentielle candidature, soutenue par de nombreux militants localement, sur une liste de gauche aux municipales. Je n'ai pas insisté. Je constate qu'il a perdu la ville au profit de la verte Dominique Voynet. Enfin, je précise que si je me sens "proche du NPA", je suis également proche du Front de Gauche. En effet, je milite depuis plus de douze ans pour le rassemblement de toute la gauche radicale. Pour les régionales de mars prochain, l'espace politique auquel j'appartiens, la Fédération pour une alternative sociale et écologique, met toute son énergie au service de l'unité car nous sommes convaincus que c'est le seul moyen d'enclencher une dynamique populaire, de réinventer une gauche digne de ce nom, de peser à gauche. Nous avons la responsabilité de réussir car cette droite mérite une bonne gauche.
Les épreuves de la vie ont fait que vous avez milité tôt dans les mouvements féministes. Les valeurs et conceptions que vous défendiez plus jeune ont-elles changé avec les années et l'expérience?
Nislof
Assez peu... Je suis toujours aussi attachée aux valeurs d'égalité entre les hommes et les femmes, de liberté et d'émancipation. Je reste profondément révoltée par les discriminations que subissent les femmes: 25% d'écart de salaire, près de 80% des tâches domestiques restent effectuées par les femmes, 88% d'hommes à l'Assemblée nationale... Les violences spécifiques faites aux femmes sont légion. j'entendais ce matin à la radio ce chiffre: une femme meurt des coups violents de son mari ou compagnon toutes les 55 heures en France. C'est insupportable. Il faut un partage des taches et des temps de la vie, il faut déconstruire la domination masculine, il donne aux femmes les moyens de leur émancipation véritable. Dès la création de Mix-Cité, j'avais la conviction que l'enjeu de ce début de XXIe siècle est le passage de l'égalité formelle, inscrite dans la loi, à l'égalité réelle, pratiquée dans la vie. Je persiste: tel est l'enjeu. Pour le relever, nous avons besoin de volonté politique (elle fait cruellement défaut en dépit d'un certain politiquement correct qui s'est installé dans le domaines des droits des femmes) et de mobilisations collectives. J'attire votre attention sur un fait d'actualité : la fermeture de centre IVG dans plusieurs hôpitaux. C'est une remise en cause du droit à l'avortement inscrit dans la loi depuis 1975 - ou plus précisément 1979, date de confirmation de la loi dite Veil. C'est dire s'il n'y a pas de pente naturelle vers l'égalité...
Le risque n'est-il pas de voir le post-capitalisme se transformer en néo-capitalisme?
Eole
L'idée d'un post-capitalisme est de viser le dépassement du capitalisme. Quelle société alternative? Comment y parvenir? Pour ma part, je ne crois que l'on puisse mettre le capitalisme à la poubelle du jour au lendemain. La question de la transition doit être abordée : elle suppose de penser la temporalité de la transformation sociale et écologique. Après les échecs des expériences dites socialistes à travers le monde, notamment de type soviétique, il n'est pas simple de revendiquer un autre système économique car nous sommes sans cesse renvoyés à la pénurie et à la bureaucratisation. Pourtant, le capitalisme révèle aujourd'hui ses failles, il n'est pas la fin de l'Histoire. Tous les partisans de l'émancipation humaine ont le devoir de continuer à chercher les voies qui mèneront à une société faite de justice, d'égalité et de liberté. Evidemment, il y a toujours le risque que des majorités politiques se revendiquant de la rupture avec le néolibéralisme à gauche aboutissent à un néo-capitalisme. On se souvient de Mitterrand qui promettait de changer la vie... Ce qui importe, c'est de comprendre pourquoi la gauche au pouvoir ne l'a pas fait. Renoncer au motif que l'on n'a pas réussi serait catastrophique - c'est aujourd'hui cette voie du renoncement que je perçois au PS. Ce qui est sûr, c'est que si l'on n'a pas la volonté d'affronter la logique du capital - ce qui fut le parti pris des sociaux-démocrates européens -, il n'y a aura pas de changement significatif des conditions d'existence du plus grand nombre.
Le chat est fini.
P.A.
C´est commenté
(@ Clémentine : merci pour votre réponse, éclairée, et votre a...
NTZ 25.11.2009 - 16h30
Bonjour,
La capitalisme est bien évidemment loin d'être, le système id...
Elbereth 25.11.2009 - 16h04
Bonjour, existe-t-il des simulations économiques où l'amplitude des revenus ...
Tournesol 25.11.2009 - 15h31