
MONDE - A l'occasion des 20 ans de la chute du mur de Berlin, zoom sur la démographie en berne en ex-RDA...
«Je cherche une jeune femme riche, intelligente et belle. Pour la rencontrer ici, ce n'est pas gagné. La seule boîte de nuit du coin a fait faillite.» Heureusement, il y a «Internet et les sites de rencontres».
Quinqua célibataire, Günter Fritz tient un petit magasin d'armes à Ebersbach, un village de l'ex-RDA, perdu dans la Saxe, à la frontière avec la République tchèque. Longtemps commune phare de l'industrie textile, Ebersbach a vu sa population plonger après la chute du mur: moins de 8.000 habitants y vivent désormais, contre 12.000 avant 1989. Et, comme dans toute l'ex-Allemagne de l'Est, ce sont surtout des femmes qui ont plié bagage pour aller chercher du travail à l'Ouest. Résultat, «toutes celles entre 18 et 40 ans sont parties. Ou alors pire, mariées!», se plaint Gérald Holzt, qui tient une épicerie en plein coeur du hameau.
72 femmes pour 100 hommes
Les statistiques de l'Institut berlinois pour la population et le développement sont éloquentes: à Ebersbach, il y a aujourd'hui 72 femmes pour 100 hommes. La moyenne d'âge plafonne au-dessus de 50 ans. Et le chômage flirte avec les 23%. En 1989, l'usine Lautex, qui employait près de 80% des habitants du village, a mis la clé sous la porte.
Avec la réunification est venu le temps de l'ennui et de la chasse aux petits boulots, loin de la région. Pour combler le «manque de femmes», certains édiles ne manquent pas d'imagination. Klaus Mättig, le maire de Freital près de Dresde, proposait en 2005 «2.000 euros, un appartement et un emploi à toute femme entre 18 et 35 ans» qui viendrait s'installer dans sa ville. A Ebersbach, les hommes louchent désormais de l'autre côté de la frontière. «Là-bas, il y a des femmes.» Sous-entendu: les bordels.
De l'amour aussi, parfois. Le maire du village, Bernd Noak, célèbre de plus en plus d'unions d'hommes allemands avec des femmes tchèques. Un collège binational a même vu le jour dans le village.
Mais combattre l'émigration dépend surtout des «entreprises locales», souligne Noak. «Elles devraient donner davantage leurs chances aux femmes, généralement plus qualifiées.» Alors que deux tiers des jeunes terminant leurs études secondaires en ex-RDA sont des femmes, deux tiers de ceux quittant l'école sans diplôme sont des hommes. Un faible niveau de formation qui semble justifier, selon les démographes, l'émergence d'un «sous- prolétariat masculin», porté sur le vote d'extrême droite et l'alcool.
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