Un vieux bac à shampoing, deux chaises, quelques posters accrochés aux murs fraîchement repeints ont suffi à transformer une ancienne cellule en salon de coiffure. Hier, comme chaque premier lundi du mois, deux salariées des salons Kraemer sont venues couper gratuitement les cheveux aux 27 détenues de la maison d'arrêt de Strasbourg. Un projet initié par Armand Perego, le président départemental de la Croix-Rouge et auquel le coiffeur strasbourgeois Yannick Kraemer a immédiatement adhéré. « Nous souhaitons montrer aux détenues que la société civile ne les oublie pas, qu'elles ont le droit d'être respectées et de conserver leur dignité. La privation de liberté est une punition suffisante », explique le président.
Carré plongeant, frange, mèches ou simple brushing, « à l'exception des teintures, nous leur proposons les mêmes services que dans un salon classique, précise Amel Ben'm Barka, la coiffeuse bénévole. On essaie de leur apporter du bien-être et de leur redonner le sourire. » Sabria est une des premières détenues à passer entre les mains de l'experte.
« On retrouve dans cette pièce une des choses les plus importantes que nous avons perdue en entrant ici : notre féminité, souligne-t-elle. En prison, nous sommes toutes habillées en jogging et en basket. Les débardeurs et les jupes sont interdits. Nous n'avons pas le droit non plus d'apporter du maquillage ou une crème de jour. Il faut les commander mais cela met plusieurs mois à arriver. Difficile dans ces conditions d'être féminine. » Et pourtant, ajoute-t-elle « il est important pour nous d'être présentables, de nous sentir belles lorsque nous retrouvons notre famille au parloir ». La jeune détenue Marie avoue, elle, ne rater pour rien au monde ce rendez-vous. « Je n'ai pas besoin de me faire couper les cheveux. Mais je viens quand même pour un brushing. Ça fait un bien fou. L'espace d'une heure, on s'évade. Nos soucis sont loin derrière nous. On ne pense plus à rien. » De 9 h à 17 h, les 27 détenues vont se succéder dans ce salon de fortune. « Nous avons créé des listes d'attente pour éviter la cohue. Les femmes incarcérées ont souvent une image négative d'elles-mêmes. Là, elles ont la chance d'être prises en main par des personnes extérieures à l'établissement, des coiffeurs réputés qui plus est », souligne Elise Chappuy, la directrice adjointe de la maison d'arrêt de Strasbourg. Une vingtaine de salariés des salons Kraemer se relaie chaque mois auprès des détenues. W