Pour les anti-Hadopi, la bataille n'est pas finie
Créé le 30.10.09 à 12h39
Mis à jour le 30.10.09 à 12h56
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REPORTAGE - Réunis au Fouquet's jeudi soir, les opposants à la loi ont présenté leur riposte: un livre d'idées écrit sous licence libre que chacun peut soit acheter, soit télécharger gratuitement...
Il fallait se faufiler dans la foule pour se frayer un chemin jusqu’aux anti-Hadopi, réunis au Fouquet’s, sur les Champs Elysées de Paris, jeudi soir. Un peu dépassé par le succès de la soirée, symboliquement organisée dans la
cantine post-électorale de Nicolas Sarkozy, Mathieu Pasquini, éditeur du livre (éd. In Libro Veritas), filtrait les entrées.
Marathon
A l’étage, dans une salle surchauffée aux boiseries et aux tapisseries feutrées, une trentaine de signataires parmi les 44 que compte le livre
La bataille d’Hadopi étaient au rendez-vous. Informaticiens, députés européens, élus locaux, professeurs, avocats, journalistes de sites spécialisés ou encore «martyr d’Hadopi» (
Jérôme Bourreau-Guggenheim, licencié de TF1)... Tous ont présenté, chacun leur tour, leur point de vue sous les applaudissements d’un public acquis à la cause.
La
loi Hadopi? «Une défaite pour les artistes et non pour les internautes, qui trouveront toujours d’autres moyens de télécharger», selon Marc Rees, rédacteur en chef de PC Inpact. L’adresse IP? «Une aberration de la considérer comme une preuve puisque même les experts informatiques auprès des tribunaux la juge aussi fiable qu’une empreinte de pas», affirme Benjamin Bayart, président de French Data Network (pionnier des fournisseurs d’accès à Internet français).
Deux heures de marathon oratoire aux interventions chronométrées et placées sous un même cri de ralliement: «Hadopi n’est qu’une bataille perdue mais la guerre n’est pas finie, comme l’a souligné Benoît Sibaud, président de l’association April qui défend les logiciels libres. Hadopi 3 ne tardera sans doute pas.»
Alternatives
Car c’est bien là la principale préoccupation des anti-Hadopi. Persuadés que le gouvernement va chercher, par des moyens détournés, à verrouiller l’Internet, tous ont appelé à la vigilance et à poursuivre la lutte, usant de métaphores guerrières. «La révolution numérique a entraîné un affrontement entre les personnes qui y ont vu la possibilité de partager librement des connaissances et ceux qui y ont vu une menace», souligne encore Benoît Sibaud. Le nouvel ennemi se nomme
Loppsi 2, ce projet qui prévoit notamment d’autoriser la captation de données numériques à distance ou de faire filtrer certains contenus.
La pilule Hadopi encore en travers de la gorge, les opposants au texte, qui ne peuvent plus rien devant une loi adoptée par le Parlement et
validée par le Conseil constitutionnel, ont dévoilé leurs projets pour rendre le texte obsolète: développer une économie alternative basée sur les licences libres et créer un mécénat global pour aider à la création. «Il faut sortir la culture du confinement, selon Philippe Aigrain, cofondateur de la Quadrature du Net. La contribution créative permettra de faire de chacun un distributeur de la culture.»
En clair, l’objectif est de court-circuiter les intermédiaires du secteur (majors, distributeurs) pour revenir à un rapport direct entre créateur et consommateurs. «Le droit d’auteur a dérivé d’un droit protégeant les artistes à un droit protégeant l’industrie musicale», a dénoncé Me Benjamin Jean, expert juridique.
Union sacrée
La soirée n’a connu aucune fausse note, les personnalités politiques (Nicolas Dupont-Aignan, Alain Lipietz, Martine Billard) ayant mis leurs divergences de côté pour se concentrer sur l’opposition à la loi Hadopi qui les rassemble. Certains que de nouvelles joutes sont à venir, beaucoup ont pris rendez-vous pour les prochains mois et les prochaines années. «La bataille ne sera gagnée qu’en faisant pression sur les politiques, à travers les élections, a déclaré Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République. En 2012, nous verrons bien quels candidats ont choisi d’inscrire la suppression de la loi Hadopi dans leur programme.» Avec la percée du Parti pirate en Europe - mais encore très faiblement en France, nul doute que l’usage du Net sera l’un des enjeux de la prochaine présidentielle.
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