FOOTBALL - Portrait d'un supporter de l'OM exilé en région parisienne...
Gilbert aurait dû naître marseillais. C'est écrit en bleu et blanc sur tous ses vêtements. Il aurait dû vivre tout près du Vélodrome, sa résidence secondaire depuis plus de vingt ans, et devrait refaire les matchs «avé l'accent». Seulement, Gilbert est toulousain et réside aujourd'hui en Ile-de-France. «
Je vis à Stains (en Seine-Saint-Denis) parce que ma femme est d'ici, mes amis aussi. Et j'y suis bien. Je me suis intégré. Tout le monde me connaît. Dans n'importe quel bar, on sait qui est Gilbert le Marseillais.»
Olympien des pieds à la tête,
le responsable de la section Yankee Île-de-France passe difficilement inaperçu. Et même s’il chambre de temps en temps, il n’entend provoquer personne en s’affichant au quotidien comme le Marseillais du coin. «Des passionnés comme lui, je n’en connais pas, confie Steve, l’un de ses compagnons de virée, écusson OM clouté à l’oreille. Faut pas croire, c’est un pacifiste.»
«Retourne d'où tu viens»
A plus de 800 kilomètres du Vieux Port, ce fada en exil croise forcément quelques supporters du PSG. «La plupart du temps ça se passe très bien. J’ai été menacé quelque fois au téléphone. Mais ça ne va pas trop loin. On me dit "t’as rien à faire à Paris, retourne d’où tu viens". Au fond, encourager Marseille en terre parisienne n’est pas d’une grande originalité. La réciproque, elle, se vérifie beaucoup moins. «Parce qu’à Paris, ce n’est pas le PSG qui fait vivre la ville, s’emporte Gilbert. C’est le tourisme. La Tour Eiffel avec les Chinois! A Marseille, si on enlève l’OM, c’est comme si la mer avait débordé. Marseille ne vit que pour son foot.» D’autant plus quand se profile un match important.
Au club de foot de Stains, dont Gilbert est aussi le président, le clasico de dimanche est dans toutes les bouches. Pour le déplacement de l’année, le Yankee embarquera dans son bus quelques éducateurs, et parents de joueurs, tous mordus de l’OM. Certains n’auront pourtant pas cette chance. «Moi, je suis puni par ma femme» avoue, très sérieusement, un papa désoeuvré. «Je dois emmener le petit à la campagne ce week-end.»
Un voyage délicat à gérer
Jusqu’au dernier moment, le lieu et l’heure du départ pour Marseille seront tenus secret. Pour les 125 membres de la section, ce voyage est «toujours délicat à gérer». «On part en même temps que les supporters parisiens. C’est un stress tout au long de la route, confesse Gilbert. Il y en aura beaucoup en voiture. Alors on réfléchit à un tracé pour les éviter.» En déplacement (presque) tous les week-ends, il n’a rencontré qu’un souci majeur avec des adversaires. «Un bus détruit sur une aire d’autoroute, avant un autre OM-PSG». Gilbert préfère ne pas y penser. Et dans un éclat de rire, se cache derrière le dicton local: «De toute façon, à Marseille, on craint dégun.»
Romain Scotto