De la chronique cinglante au grand livre, il y a un pas. Patrick Besson le franchit avec aisance dans son nouveau roman : Mais le fleuve tuera l'homme blanc (Fayard). Un gros roman, près de 500 pages, qui s'avère l'un de ses livres majeurs. L'histoire que raconte ici l'auteur de Dara se passe à Brazzaville en 2007. Un cadre sup d'une compagnie pétrolière croise le chemin d'une ancienne espionne de la DGSE, d'un conseiller de chefs d'Etat africains et d'une Russe spécialisée dans l'import-export. Les va-et-vient de ces personnages autour du fleuve Zaïre dessinent le visage d'une Afrique envoûtante, inquiétante et suffocante. Chacun son tour, les personnages principaux deviennent narrateurs de l'histoire. Sophistiqué, rendu fluide par un sens de l'humour paradoxal, le roman se double d'un arrière-plan politique avec cette guerre terrible que se livrent Tutsis et Hutus. Besson, qui semble avoir étudié de près le conflit, heurtera les bien-pensants, tant les frontières entre bons et méchants sont floues chez lui. Mais le fleuve tuera l'homme blanc convoque surtout les obsessions romanesques de l'auteur : la déchéance physique, la question féminine, l'escroquerie affective, la trahison et l'argent. Une oeuvre complexe et séduisante où l'on admire la patte d'un auteur qui sait être, quand il s'en donne la peine, un grand écrivain. W
K. P.