Comme Hergé, qui refusait qu'un album de Tintin soit réalisé après sa mort, Albert Uderzo ne souhaitait pas qu'Astérix lui survive. Le dessinateur est pourtant récemment revenu, à 82 ans, sur sa décision: «J'ai réalisé qu'à chaque nouvel album, la série entière se vendait mieux. Finalement, l'absence du personnage signerait l'extinction, à plus ou moins long terme, de la série.»
Tant mieux pour les inconditionnels, et pour l'éditeur Hachette, pour lequel c'était la condition sine qua non au rachat des droits d'Astérix, finalisé en décembre dernier. Bien sûr, Uderzo reste diplomate et invoque le souvenir de René Goscinny, le co-créateur du petit Gaulois, qui «aurait pu ne pas être d'accord avec ma position». Si le choix du futur scénariste reste en suspens, la partie graphique sera assurée par Frédéric et Thierry Mébarki, qui assistent déjà depuis quelques années un Uderzo diminué par des problèmes articulaires. Tout est donc fait pour qu'en 2059, Astérix fête son centenaire bardé de cette même popularité qu'il connaît aujourd'hui. Et que les sesterces continuent de remplir la bourse de ses ayant-droits. Au risque, néanmoins, de voir l'esprit de la série s'étioler sous des plumes étrangères comme c'est un peu le cas pour Lucky Luke, et ce dont s'est prémuni l'éternel Tintin. Finalement, Hergé était peut-être le plus clairvoyant.