RUGBY - Loin du rugby-cassoulet d'autrefois, Patrick Sébastien dit ne plus reconnaître son sport...
Après presque quinze de professionnalisme, le rugby français aime toujours se présenter comme un sport convivial, avec accent où la taverne du coin tiendrait encor lieu de salle de réunion.
Pour Patrick Sébastien, ce mythe du rugby-cassoulet a bien jauni. En claquant la porte du CA Brive Corrèze, l’animateur télé a tourné le dos à un mode de fonctionnement froid et entrepreneurial dans lequel il dit ne plus se reconnaitre. «J'ai à faire avec une entreprise avec des gens qui me parlent comme un cadre. C'est un monde qui m'échappe, qui n'est pas le mien», assène à
L’Equipe.fr l’ex-président d’honneur du CAB, fâché avec la direction du club.
Loin de l’image du sport géré à la bonne franquette par des notables du Sud-ouest, le rugby vivrait-t-il une crise d’identité, tiraillé entre ses valeurs et le bilan comptable trimestriel? «Il ne faut pas faire du cas briviste une généralité, tempère Jean-Marc Lhermet, directeur général de Clermont Auvergne. Chaque club a son identité. Depuis son passage au professionnalisme, le rugby a beaucoup évolué mais je trouve qu’il garde encore ses valeurs.»
«On ne règle plus les affaires en famille»
Des valeurs pas toujours pas faciles à concilier quand le pouvoir financier tend à prendre le pas sur le pouvoir sportif, comme c’est arrivé à Brive. «On m'a mis de côté avec un nouveau conseil d'administration composé d'hommes d'affaires qui ne parlent pas le même langage que moi», attaque Patrick Sébastien. Ouvreur de Brive lors du sacre européen de 1997, Christophe Lamaison comprend le ras-le-bol de son ancien président. «Patrick et moi sommes nostalgiques d’une certaine époque. Il a crû pouvoir retrouver l’ambiance qu’il avait connue avec nous dans les années 90. Mais le rugby à bien changé. Aujourd’hui il faut rendre des comptes à des personnes qui ne viennent d’ailleurs, on ne règle plus les affaires en famille», souffle l’ancien buteur du XV de France.
Arrivé sur le tard dans le monde de l’ovale, Mourad Boudjellal se formalise moins de cette évolution. «Les valeurs, l’amour du maillot, c’est bien beau mais la situation à Brive est partie en vrille quand Derichebourg (le principal actionnaire) décide ne plus mettre d’argent dans le club», remarque le président de Toulon. «Notre sport a toujours ses valeurs mais comme les autres sports peuvent en avoir», poursuit et relativise le mécène du RCT. Dans l’avenir, il va peut-être falloir se faire à l’idée que le rugby n’a plus le monopole du cœur. Patrick Sébastien ne dira pas le contraire.
Alexandre Pedro