« Et mon cul, c'est du poulet ? » Clint Eastwood a prétendu, sur la scène de l'Institut Lumière, ne savoir dire en français que cette seule expression, que lui ont apprise des amis facétieux. Les Français, en revanche, connaissent fort bien l'acteur-réalisateur, et lui ont fait un triomphe à Lyon, où il a reçu un prix pour l'ensemble de son oeuvre, lors de la première édition du Festival Lumière.
« Un festival comme celui-ci, qui rend hommage aux classiques, est important, a expliqué le cinéaste. Il est capital de connaître l'histoire du cinéma, ce qui manque souvent cruellement aux pontes des studios. » En amoureux du 7e art, Eastwood n'a d'ailleurs pas hésité à payer de sa personne pour présenter, au cours du festival, des films de Don Siegel et de Sergio Leone, des cinéastes avec lesquels il a tourné et auxquels il a dédié son film Impitoyable, en 1992. « Quand on est jeune, on ne sait pas ce qui vous influencera. Ce n'est qu'en vieillissant qu'on comprend progressivement ce qui va compter dans votre carrière. »
Eastwood a une véritable passion pour la France, et va d'ailleurs bientôt tourner dans notre pays. « J'admire beaucoup Jean Gabin. Je me souviens l'avoir vu dans un film où il questionnait quelqu'un sans jamais le regarder, à mi-chemin entre introspection et interrogation. Cela m'a fasciné, parce que ça allait à l'encontre de tous les cours de comédie, où l'on nous conseillait de s'ouvrir aux autres. »
S'il avoue qu'il aurait rêvé de pouvoir travailler avec Raoul Walsh, John Huston ou John Ford, Clint Eastwood n'est pas tourné vers le passé. « Chaque film est comme le premier, et apporte son lot de défis. Un cinéaste n'a jamais fini d'apprendre. » Le réalisateur était venu à Lyon avec trois minutes d'images alléchantes d'Invictus, son nouveau film sur la Coupe du monde de rugby que gagna l'Afrique du Sud en 1995. « Il faudra m'extirper de ce métier ! s'est-il exclamé. Même si cela me fait tout drôle d'exercer depuis si longtemps. Quand j'ai vu les images de la rétrospective, je n'en revenais pas d'être encore là ! » W