RUGBY - Pourquoi les Français sont plus portés sur la castagne que les Anglo-saxons?…
Bourre-pif, marron,
fourchette, coup de la corde à linge, cravate et autres expressions frappantes; le rugby français dispose d’un catalogue à la Prévert quand il s’agit d’évoquer ces bagarres proverbiales. Question baston, le Français n’a de leçons à recevoir de personne. Au point qu’un grand garçon comme Anton Oliver (capitaine des All-Blacks quand même) a pris ses jambes à son cou après quelques parties de manivelles sur les terrains de Pro D2. «Ce sont les bagarres les plus incroyables, les plus grosses que je n’ai jamais vues »,
accuse le Néo-Zélandais au moment d’annoncer son départ de Toulon.
A la veille de retrouver leurs homologues anglais et celtes en Coupe d’Europe, les clubs tricolores traînent toujours cette réputation de cancre indiscipliné,
toujours prêt à dialoguer par les poings. «C’est une tradition bien française. En Angleterre j’ai connu quelques bagarres, mais rien à voir ce qui peut se passer en France», en tremble l’entraîneur néo-zélandais du Racing-Metro 92,
Simon Mannix, passé par le championnat anglais dans les années 1990.
Loin des caméras, la boite à gifles fonctionne toujours
S’il est encore loin de ressembler à un enfant de cœur, le joueur français sait pourtant aujourd’hui garder les mains dans ses poches. «La violence gratuite et programmée a presque disparu. A mon époque (les années 70,80) la fédération et les dirigeants fermaient les yeux à ce sujet. Aujourd’hui, les joueurs réagissent plus par instinct, sur un coup de chaud», observe Jean-Pierre Elissalde. Intarissable quand il s’agit d’évoquer le sujet et disserter sur les spécialités régionales en matière d’intimidation, l’ancien international et père de Jean-Baptiste Elissalde admet que le mal est (ou était) bien français. «A l’époque de mon père, la violence s’exprimait à grands coups de godasses dans l’adversaire. Moi, j’ai plutôt connu les marrons dans la tronche. Chez les Anglais, la violence est contenue dans
le rucking ou par le plaquage. Mais je constate que ceux qui sont passés par les terrains français ont ramené quelques mauvaises habitudes au pays», sourit celui qui entraînait Béziers lors d’une des dernières batailles rangées observées,
c’était 2004 contre le voisin perpignanais.
Assagi en Top 14 – malgré quelques rechutes en début de saison
qui ont fait gronder le président de la ligue professionnel, Pierre Yves Revol – le rugbyman tricolore sort encore la boite à gifles loin de l’œil inquisiteur de la télévision. «Quand j’ai entraîné à Romans en Fédéral 1, c’était pire que tout. Les joueurs se battaient presque toutes les semaines et le public l’acceptait et en redemandait», se pince encore Simon Mannix. En Coupe d’Europe, c’est une toute autre limonade comme le suggère à sa façon Jean-Pierre Elissalde. «Je disais à mes joueurs de ne surtout pas broncher. Les arbitres nous avaient à l’œil. La moindre flatulence et on prenait une pénalité». A défaut de pouvoir communiquer par le geste, le rugby français sait toujours user d’images qui n’appartiennent qu’à lui.
Alexandre Pedro