La redevance des peintres de Montmartre augmente de 346%

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Publié le 29 septembre 2009.

CULTURE - Une augmentation difficile à encadrer...

Les artistes de la place du Tertre, dans le 18e arrondissement de Paris, ne peuvent plus voir la majorité municipale en peinture. Et pour cause, le conseil d'arrondissement a voté la semaine dernière une augmentation de 346% de la redevance que paye chacun des 298 peintres, portraitistes et autres silhouettistes depuis 1983 pour avoir le droit d'exercer un jour sur deux sur un mètre carré. Le montant, qui doit être approuvé aujourd'hui au conseil de Paris, passe ainsi de 80 à 277 euros par an.

«Ils ont toujours été privilégiés et continuent de l'être», fait valoir l'adjointe (PS) au commerce du 18e, Afaf Gabelotaud, pour qui cette somme est très inférieure «à ce que paie un petit commerçant pour vendre dans la rue». Une augmentation d'autant plus justifiée, selon elle, car une place «vaut son pesant d'or».

«Tout est en liquide»

Les artistes en vivraient très bien. Combien gagnent-ils exactement? «C’est le grand mystère», répond malicieusement Afaf Gabelotaud, «tout est en liquide». Mais selon la municipalité, la commission d’attribution des places, qui se réunit chaque année, fait face à de nombreuses demandes qu’elle ne peut pas satisfaire. Preuve que le jeu en vaudrait la chandelle, fait valoir la majorité socialiste du 18e qui n’a pas été suivi dans sa réflexion par ses alliés PCF et Verts qui se sont abstenus.

«Nous sommes traités comme des chiens, réagit Midani M'Barki, président de l'association Paris Montmartre. 277 euros, pour certains, c'est dur. Mais la question n'est pas tant la somme que le fait qu'on nous compare à des vendeurs de marrons ou de gaufres! Nous sommes un spectacle vivant: les touristes du monde entier viennent nous voir: sans notre activité, les autres professionnels de la place - comme les cafetiers - ne travailleraient pas. Montmartre, c'est un mot magique mais ce n'est pas grâce à Daniel Vaillant», le maire (PS) d'arrondissement.

«On travaille dans le caniveau»

«On nous demande un numéro de music-hall», fait valoir Nicole Mathieu, responsable de l’association Carré ouvert. En effet, seuls les artistes qui exécutent leurs œuvres sur place se voient attribuer l’autorisation. Contrairement aux galeries des rues voisines qui vendent des toiles souvent fabriqués en série en Asie. «On devrait donc dépendre de la culture et non du commerce et reconnaître notre métier.»
«On travaille dans le caniveau, dans le froid, sous la pluie, ça aussi, il faut le prendre en compte», s’insurge un portraitiste d’origine italienne qui travaille sur la place depuis une trentaine d’années.» «Et puis, on ressent l’effet de la crise : les touristes sont là mais ils ne font plus autant appel à nos services.» Plus loin, Todor, peintre installé depuis 41 ans, relativise : «ça fait même pas un euro d’augmentation par jour, il faut arrêter de se plaindre tout le temps.»


Les patrons des bistrots sont plutôt solidaires. Comme Manu, qui travaille sur la place depuis 40 ans. «Le Tertre, c'est un tout, il ne faut pas qu'on se tire dans les pattes! La mairie ferait mieux de s'attaquer aux peintres ambulants [qui ne paient aucune redevance].» Plusieurs associations d'artistes envisagent un recours devant le tribunal administratif. 659 riverains ont signé une pétition en moins d’une semaine.
Alexandre Sulzer
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