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France Télécom: «D'autres employés sont susceptibles de se suicider»

Des suicides en série à France Telecom.
Des suicides en série à France Telecom./A. JULIEN

INTERVIEW - Anne-Marie Minella, membre de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées chez France Télécom explique la situation à 20minutes.fr...

Dans quelles conditions a été créé votre observatoire?
Il existe depuis 2007. A l'époque, les cas de salariés en souffrance extrême étaient rapportés par les syndicats ou les médecins du travail de façon non coordonnée. Nous avons voulu centraliser la collecte des données pour avoir une meilleure visibilité sur ces drames. Cela nous permet de mieux mesurer l'ampleur du phénomène.

Qui sont les membres qui le composent?
Nous sommes une association loi 1901 créée à l'initiative de représentants syndicaux. Le comité scientifique est composé d'experts bénévoles, qui siègent à titre personnel, mais avec tout le poids de leurs compétences(LIEN). Nous n'avons aucun lien avec la direction de France Télécom et ne survivons que grâce aux subventions des syndicats et du conseil régional.

Quelles actions menez-vous en pratique?
Nous nous réunissons tous les mois pour des débats de fond visant à initier des réflexions. L'aspect opérationnel se décide chaque semaine. Concrètement, nous faisons un travail de documentation et de communication. Celui-ci a porté ses fruits cette année, en attirant l’attention sur la situation.

Signalez-vous les salariés en souffrance à la direction?
La direction n'a jamais ne serait-ce que répondu à nos sollicitations. L'accès à notre site est d'ailleurs bloqué depuis l'intranet de France Télécom. Quand on nous signale ce type de cas, nous les prenons en charge à notre niveau en nous assurant qu'ils sont en contact avec leur médecin traitant, qu'ils ont des soutiens personnels et dans l'entreprise. L'important, c'est d'éviter l'isolement.

Quelle est la situation à ce jour?
Potentiellement, d'autres employés sont susceptibles de se suicider. Mais la direction persiste à penser que les suicides sont des cas isolés. Des experts ont pourtant déjà prévenu que ce type de déni risque d'aggraver la situation. Il y a urgence à initier un vrai dialogue social susceptible de rompre le cercle vicieux.

Que préconisez-vous?
Il y a un vrai travail à mener sur les méthodes de management. Il y a un double problème de mobilité forcée: la mobilité géographique, mais aussi en terme de métier. On fait faire des changements à 180 degrés, avec des techniciens qui deviennent vendeurs du jour au lendemain. Il y a aussi la pression des objectifs, définis de façon abstraite et délocalisée, sans tenir compte de l'activité opérationelle et des spécificités locales.

Pourquoi France Télécom est si spécifiquement touché?
Parce que l'entreprise cumule les problèmes des grands groupes avec le statut de fonctionnaires de ses employés: quand on veut se débarrasser de quelqu'un, on ne peut pas le licencier comme ça... Mais nous avons déjà rencontré des gens qui rencontrent le même type de problèmes dans leurs entreprises, et dont certains sont désireux de mettre en place des observatoires indépendants de la direction. Avec tout ce qui se passe en ce moment, La Poste est par exemple intéressée.

>> Comment en vient-on à se suicider au travail? Pour lire notre décryptage, cliquez ici.
Propos recueillis par Julien Ménielle
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