INTERVIEW - Dans le milieu, on l'appelait Dédé la cavale. Il témoigne à l'occasion de l'évasion de Jean-Pierre Treiber...
Braqueur multirécidiviste, André Ségura s'est évadé à six reprises des prisons françaises. Condamné onze fois par contumace, il a passé près de dix ans derrière les barreaux. Libre depuis 2003, il vit dans le sud de la France.
Dans quel état d'esprit faut-il être pour s'évader?
Il ne faut penser qu'à ça. Etre toujours prêt à sauter sur l'occasion. Le soir, par exemple, je m'endormais tout habillé. Histoire de ne pas perdre une seconde si l'opportunité se présentait.
Comment vous y êtes-vous pris?
La première fois, à Nîmes, j'ai mis près de deux mois à scier mes barreaux. Ensuite, il ne m'a fallu que quatre heures pour escalader le mur d'enceinte! J'ai aussi creusé un tabouret en bois pour faire une arme factice, utilisé une épingle à nourrice pour fabriquer une fausse grenade...
Vous aviez des complices?
C'est arrivé. Mais je ne veux pas en parler.
Et ils ne vous ont pas suivi...
La plupart des gens ne sont pas prêts à s'enfuir. Même les «longues peines». Vivre en cavale est une expérience difficile. A chaque fois, je me suis fait reprendre. La première a duré cinq mois. La dernière, dix ans. Si ma femme avait aimé l'Argentine, je crois que personne ne m'aurait jamais retrouvé.
C'est donc si simple que ça de s'évader d'une prison française?
Dans tout système il y a une faille. Le seul moyen d'éviter les évasions, c'est de mettre les détenus aux oubliettes. Et de poster un gardien au-dessus. Et encore, je ne suis pas sûr...
Recueilli par Vincent Vantighem