SECURITE - Accusé d'avoir laissé fuir un patient dangereux, un aide-soignant estime qu'on a voulu le faire taire et que les problèmes de surveillance ne sont pas réglés dans l'unité pour malades difficiles où il travaille. Témoignage...
Sa direction l'avait suspendu,
l'accusant d'être responsable de l'évasion d'un patient dangereux. Aujourd'hui, Mathieu* respire. Jeudi dernier, le tribunal administratif de Nîmes a levé la sanction contre cet aide-soignant psychiatrique de l'
unité pour malades difficiles (UMD) de Montfavet, dans le Vaucluse. S'il va retrouver son travail et son salaire, les problèmes de sécurité, selon lui, demeurent.
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Pour Mathieu*, le marathon judiciaire a débuté le 15 mars dernier. A l'époque, l'aide-soignant racontait à 20minutes.fr qu'il avait été suspendu de ses fonctions et attendait d'être fixé sur son sort. Selon lui, un rapport de la Ddass disait que sa responsabilité n'était pas engagée après l'évasion d'un patient de son unité, ce que sa direction a démenti. Contacté à de multiples reprises par 20minutes.fr, le directeur de l'UMD de
Montfavet n'a pas répondu à nos sollicitations.
«Quelques temps après la parution de votre article, des télévisions sont venues filmer sur place», reprend Mathieu*. D’après lui, sa direction a alors pris soin de placer un vigile devant l'unité. «Dès les télés parties, le vigile a disparu», s'amuse Mathieu*. Au niveau sécurité, pourtant, «rien n'a changé», assure-t-il.
Une information que la Préfecture du Vaucluse, contactée par 20minutes.fr, n'a pas pu confirmer. Cependant, une porte-parole a annoncé que «le CHS de Montfavet fait l'objet d'un programme de sécurisation». Aménagement de chambres d'isolement, mise en place de clôture, barrières, vidéosurveillance voire serrures électroniques... Plusieurs travaux d'aménagement sont prévus pour un montant total de 400.000 à 600.000 euros.
Mauvaise pub
La direction, témoigne Mathieu*, a vu d'un mauvais oeil ce type de publicité. «On a voulu me faire taire, car j'avais dénoncé des problèmes de sécurité après des évasions multiples», explique à 20minutes.fr. «La direction a pensé que je n'aurais ni les moyens financiers ni les ressources morales pour me défendre».
Mais grâce au soutien de sa famille, il s'attache les services d'un
avocat spécialisé pour le conseil de discipline chargé de statuer sur son cas. Menacé de révocation, il est condamné finalement à un an de suspension, sans salaire. Son avocat, Fabrice Renouard, qui se dit plutôt habitué à défendre les hôpitaux dans les litiges disciplinaires, porte ensuite l'affaire devant le tribunal administratif.
L'hôpital responsable des défaut de sécurité
L'avocat dépose une demande d'annulation de la sanction, ainsi qu'un référé pour en suspendre l'exécution. Début septembre, le juge accède à sa demande et ordonne la réintégration de Mathieu* en attendant la décision définitive. «Nous avons présenté un rapport de la Ddass qui conclut qu'il n'y a pas eu défaut de surveillance de mon client, mais défaut d'organisation du service», révèle Fabrice Renouard.
C'est donc à l'hôpital que les autorités reprochent les évasions, pas à l'agent. Mais quand ce dernier s'est rendu lundi dans son service pour reprendre ses fonctions, il est fraîchement accueilli. «On m'a renvoyé chez moi en me demandant d'attendre une affectation», reprend Mathieu*. Mardi, enfin, un ambulancier de l'hôpital se présente à son domicile et lui remet une convocation de la DRH.
«On m'a affecté à un poste dans une structure extérieure à l'hôpital». Un poste très convoité, avec des horaires confortables et de bonnes conditions de travail. L'aide-soignant n'est pas dupe: «C'est une façon de m'éloigner et me faire taire». Il commence vendredi.
* Le prénom a été modifié
Julien Ménielle