On les classerait volontiers parmi les profiteurs. Mais les laboratoires Anios s'en défendent. Installé dans le Nord, le n° 1 français de la solution hydroalcoolique désinfectante est lui aussi en pleine crise... de production. Avec 800 tonnes fabriquées par mois - presque exclusivement destinées aux professionnels - pour une demande de 2 000 tonnes, Anios gère tant bien que mal l'impatience de ses clients. « Nous livrons en priorité les historiques : les hôpitaux, les collectivités, l'industrie alimentaire et pharmaceutique... Mais leur demande à eux aussi explose », explique Thierry Letartre, le directeur général de la société, dans ses bureaux de Lille-Hellemmes. Depuis la fin avril, la production a déjà été multipliée par cinq.
« Nous sommes passés aux trois-huit, avec travail le week-end. L'usine ne s'arrête jamais », relate Eric Blanquart, directeur d'exploitation à Sainghin-en-Mélantois (Nord). Conséquence inattendue : avec un coût du travail accru (dimanches payés triple, recherche de fournisseurs, logistique), la marge moyenne d'Anios sur les solutions hydroalcooliques a diminué, d'autant que les prix n'ont pas augmenté. « Nos clients ne comprendraient pas, explique Thierry Letartre. Et puis nous ne sommes quand même pas à plaindre. » D'autant que l'entreprise avait anticipé. Une nouvelle unité de production a été inaugurée en septembre 2006. Et un investissement de 4 millions d'euros va permettre la construction, l'an prochain, d'un vaste entrepôt logistique. « Quand on va voir les banques, c'est tapis rouge », poursuit Thierry Letartre, sans fausse pudeur. A la fabrication, l'entreprise a déjà recruté quatre-vingts intérimaires et les salariés ont accepté de repousser leurs congés. Le directeur d'exploitation est philosophe : « On est au taquet depuis trois mois, je ne sais pas du tout combien de temps cela durera. » W
à Lille, Olivier Aballain