CULTURE – Alors que Mathieu Chedid est de retour avec un nouvel album composé avec son père, ses sœurs et son frère...
Apaisante, cruelle ou absente, la famille est traditionnellement une source d’inspiration pour les artistes de tous bords (cinéastes, auteurs, peintres...). Elle est aussi un cocon propice à la création.
Thérapie
Ainsi Mathieu Chedid sort lundi un nouvel album «Mister Mystère», six ans après «Qui de nous deux», qu’il a concocté avec ses proches. Son père Louis Chedid est au mixage, son frère Joseph joue de la batterie et a composé certains titres, sa soeur Anna fait les choeurs, son autre soeur Emilie a co-réalisé le DVD qui accompagne «Mister Mystère». «Les liens fraternels demeurent forts puisqu'ils s'appuient sur un passé commun solide: une enfance partagée 24h/24 et toute une famille en commun...», explique Catherine Dumonteil Kremer dans son livre «Relations frères-soeurs: Du conflit à la rencontre». Pour le chanteur, ce mode de fonctionnement est aussi une thérapie. «C’était comme un rite de passage, comme si mon père avait une connaissance profonde de moi et qu’il doive symboliquement me permettre d’accéder à un autre moi-même», explique le chanteur dans le magazine Elle, sorti samedi.
Comme si le père pouvait faire sortir le meilleur de son artiste de fils. A condition de ne pas le transformer en bête de foire. Dans les années 1970, Joe Jackson, père d’une fratrie de neuf enfants, décide de faire fructifier ses rejetons et monte, avec ses cinq premiers fils (Jackie, Toriano dit Tito, Jermaine, Marlon, et Michael), le groupe que l’on connaît. Si les enfants occupent le devant de la scène, le père tire les ficelles en coulisses.
La fratrie devient une marque de fabrique synonyme de curiosité et de succès. Le management sévère de Joe, qui surveille sans cesse ses poules aux œufs d’or, aura pourtant raison du groupe. «Il nous faisait répéter jusque très tard le soir. Il se tenait assis devant nous, une ceinture à la main. Un pas de danse raté et c’était un coup de ceinture. Quand ce n’était pas avec la ceinture, c’était avec du fil électrique qu’il nous fouettait. Ou alors il nous jetait contre le mur aussi fort qu’il le pouvait. J’entends encore ma mère lui crier… “Joe, arrête, tu vas le tuer !”, rapporte un Michael encore traumatisé dans le documentaire Living with Michael Jackson, diffusé en 2003. Je crois qu’il n’a jamais réalisé à quel point nous avions peur de lui. Tellement peur que l’on en vomissait en entendant son pas dans l’entrée…»
Marketing
La musique en famille reste un concept en vogue. En 1995, les trois fils de Tito Jackson forment le groupe les «3T», sombré dans l’oubli depuis, et sortent un album baptisé Brotherhood (la famille, toujours) sur lequel ils enregistrent un duo avec tonton Michael. La même année surgit un autre groupe de trois frères, qui sera oublié aussi vite qu’il était apparu: les Hanson, dont le seul argument marketing était leur filiation.
Références communes
On peut aussi choisir de monter un groupe en famille pour ne pas affronter seul le public. A grandir ensemble, la fratrie développe son lot de références communes, rendant le jeu plus facile et plus naturel. «Je crois que seuls Meg et moi savons vraiment ce que sont les White Stripes», affirmait ainsi Jack White dans une interview aux Inrockuptibles, en 2007. Pour autant, travailler en famille ne va pas sans quelques heurts car elle peut raviver des rivalités mal digérées. Les frères Gallagher, dont la carrière oscille entre ruptures et réconciliations (qui se sont d’ailleurs séparés une nouvelle fois lors du festival Rock en Seine, en août dernier), en sont le plus vibrant exemple.
Mais ne travailler qu’en famille a ses limites: «En jouant à deux avec Meg, je n’ai jamais pu essayer de faire mieux qu’un autre guitariste, je me suis toujours référé à moi-même», reprend Jack White. D’où la volonté de sortir du cocon familial pour expérimenter et se frotter à d’autres personnes. Pour se (re)découvrir, le chanteur des White Stripes a monté le groupe The Raconteurs avec trois autres musiciens. Charlotte Gainsbourg, inoubliable interprète de «Lemon incest» avec son père, s’est affranchie de l’influence de Serge en chantant en anglais. «J'ai fait une croix sur le français dès le début. Je faisais trop le rapprochement avec les textes de mon père», expliquait-elle au site Evene au moment de la sortie de son album 5:55, en 2006. Comme si l’âge adulte venant, les artistes habitués à travailler en famille osaient enfin se lancer seuls.
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