La Forêt des mânes est le troisième volet de votre série sur les origines du mal. Pourquoi cette question vous fascine-t-elle autant ?
Jean-Christophe Grangé :
Depuis l'enfance, je ne digère pas la méchanceté, la violence et la cruauté dont l'homme est capable vis-à-vis de ses congénères. Je ne connais pas de question plus cruciale. Le roman devait achever un cycle composé de La Ligne noire et du Serment des limbes. J'ai abandonné l'idée en cours de route. Le mal est un thème récurrent dans mes livres.
D'où vous est venue l'idée de mêler préhistoire et cannibalisme en Amérique centrale ?
J'ai sillonné le monde pendant dix ans comme grand reporter de presse. J'ai collecté des souvenirs qui sont les toiles de fond de mes intrigues aujourd'hui. Ce roman associe le souvenir d'un enfant sauvage en Ouganda avec l'Argentine.
Freud et la psychanalyse sont très présents dans votre livre.
Pour moi, le mal est toujours le résultat d'un accident d'amour. Il suffit d'aller écouter des procès d'assises pour s'apercevoir qu'il y a souvent de mauvais parents derrière un tueur. A titre personnel, je fais une thérapie qui me donne une grande sérénité.
Vous êtes l'un des rares écrivains français à s'être fait un nom aux Etats-Unis...
Je ne peux pas vous laisser croire ça... Etre un écrivain français reconnu pour ses thrillers aux Etats-Unis, c'est comme essayer de vendre au Nicaragua les bananes cultivées dans son potager parisien ! Mais je ne désespère pas. Le livre que je viens de commencer pourrait par exemple faire une bonne série télé.
Vos romans sont régulièrement adaptés au cinéma. Comment l'expliquez-vous ?
Je ne l'explique pas, mais j'en suis très heureux. Bien que les films, à part Les Rivières pourpres, n'aient pas si bien marché, les producteurs continuent de s'intéresser à ce que je fais. En tant que conteur d'histoires qui soigne ses intrigues, cela fait plaisir.
Vous avez commencé par écrire des nouvelles et des chansons. Etes-vous tenté d'y revenir ?
Pas du tout. J'ai perdu des années à faire le musicien. Si j'avais un bon conseil à donner, ce serait de fixer des deadlines [dates limites] à ses projets : on n'a jamais raison contre le monde entier.
Vous ne manquez ni de succès ni de reconnaissance. Etes-vous un écrivain heureux ?
Oui, mais on s'habitue ! C'est un peu comme un ascenseur : on change d'étage, mais les angoisses restent, quel que soit le palier. Le succès comme secret du bonheur est un mythe. On galère tous de la même façon. Enfin... avec quelques guillemets quand même. W