Nicolas Fargues aurait pu se contenter d'être le beau gosse de la littérature, une place à laquelle les critiques jaloux l'auraient volontiers laissé. Avec son septième livre, Le Roman de l'été (P.O.L), l'un des meilleurs de la rentrée, Nicolas Fargues finit de prouver que les belles gueules ne sont pas toujours vouées à la figuration.
Pour la première fois, il ne situe son histoire qu'en France, dans le Cotentin, sur les longues plages de La Hague à la centrale nucléaire de Flamanville. Le roman, normand et choral, entrecroise la vie de deux familles voisines liées par une épineuse histoire de fenêtre : entre beaufs et bobos, manuels et intellectuels, famille Groseille et Parisiens pur jus, c'est le choc des civilisations.
Le roman de Nicolas Fargues sent bon notre époque : de la chasse à la place de parking à l'hypermarché au dîner de notables chez le maire, tout sonne juste. Le secret tient d'abord à la langue, irrésistiblement précise : les tics de langage, les expressions révèlent mieux que des pages de description les caractères et le milieu social des personnages. La dextérité pleine de grâce avec laquelle il tisse cette histoire légère et malicieuse témoigne de la maturité d'un écrivain qui n'a pas encore dit son dernier mot. W
Karine Papillaud