SECURITE - L'auteur du rapport sur les prisons se dit «profondément déçu»...
Un petit paquetage pour lutter contre les suicides. La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a annoncé ce mardi à Orléans
une série de mesures destinées à lutter contre le suicide en prison. Des mesures centrées principalement sur
la prévention et la protection des détenus fragiles. Mais pour le docteur
Louis Albrand, qui avait remis une série de préconisations en avril à la ministre, les mesures annoncées ne suffisent pas.
Des pyjamas en papier à usage unique
Parmi les dispositions annoncées par Michèle Alliot-Marie figure notamment la généralisation de «kits de protection» destinés aux
détenus susceptibles d'attenter à leurs jours. A l'intérieur: des draps et couvertures indéchirables et des pyjamas en papier à usage unique pour éviter les pendaisons, ainsi que des matelas anti-feu.
Autre mesure annoncée: «dès cet automne, des formations seront mises en place pour les personnels afin de leur permettre de détecter les détenus qui présentent un risque suicidaire et de mieux les accompagner», a dit Mme Alliot-Marie, après une visite à la maison d'arrêt d'Orléans.
Des détenus volontaires seront aussi chargés d'accompagner les prisonniers en situation de détresse psychologique, a également indiqué la garde des Sceaux, préconisant aussi une plus grande transparence de l'administration pénitentiaire sur les chiffres des suicides en détention.
Des mesurettes
Ces mesures figuraient dans le rapport sur le suicide en milieu pénitentiaire remis par le Dr Louis Albrand en avril. Mais ce dernier ce dit «profondément déçu» par les mesures annoncées. «Ce sont des mesurettes! Ce qu'il faut c'est une véritable réforme pénitentiaire, avec des nouvelles prisons plus humaines, plus ouvertes, plus transparentes», confie l'auteur du rapport à 20minutes.fr.
Dans le texte remis à la garde des Sceaux en avril, le médecin préconisait le passage de 45 jours de mitard à 25. «Et surtout, que la décision d'envoyer un détenu en cellule d'isolement soit décider par un juge et non plus par le directeur de la prison. Mais tout cela n'a pas été suivi par la Garde des Sceaux», regrette-il. Selon l'Administration pénitentiaire 81 détenus se sont suicidés depuis le début de l'année 2009.
Contacté par 20minutes.fr, le ministère de la Justice a tenu à réagir. «La ministre a annoncé qu'elle reprenait à son compte l'intégralité du rapport», explique Didier Guillaume, porte-parole du ministère. «Michèle Alliot-Marie a également nommé le Professeur Jean-Louis Terra, qui est psychiatre, pour mettre en place l'ensemble des mesures», a-t-il précisé, en ajoutant que par ailleurs «dans le quartier disciplinaire, les détenus auront désormais accès à la radio et au téléphone».
Un plan déjà en place
L'Observatoire International des prisons a réagi dans un communiqué en soulignant que le plan présenté par la garde des Sceaux, ce mardi, a en fait «été initié par sa prédecesseure, Rachida Dati, le 1er juillet dernier». En d'autres termes, rien de nouveau dans les mesures présentées par MAM.
Pour L'OIP, Michèle Alliot-Marie entend «perpétuer la politique de prévention des suicides initiée en 2004 (...) et caractérisée par une focalisation sur des dispositifs visant à empêcher matériellement à la personne de mettre fin à ses jours et à prévoir les comportements auto-agressifs». L'observatoire ajoute qu'«une politique de prévention du suicide déterminée et responsable implique d'opérer des transformations radicales dans le mode de fonctionnement des établissements pénitentiaires».
L'organisme appelle le Parlement à demander la création d'une mission d'information sur la question, rapidement. Le projet de loi pénitentiaire doit être soumis à l'examen de l'Assemblée nationale le 15 septembre prochain.
M.D avec agence