SOCIAL – Ils ont compté dix-huit suicides et dix tentatives parmi les salariés depuis début 2008...
Les représentants des salariés de France Telecom parlent d’une «vague de suicides». Le dernier en date, survenu le 14 juillet dernier à Marseille, est éloquent.
Un fonctionnaire de 51 ans a mis fin à ses jours à son domicile, en laissant à sa famille, pour toute lettre d’explication, ces quelques mots: «
Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom. C'est la seule cause».
Depuis février 2008, les syndicats ont compté dix-huit suicides et dix tentatives parmi les salariés de l’entreprise. Des chiffres qui, selon eux, «trouvent leur origine dans les souffrances au travail, le stress et les mauvais traitements», explique Pierre Gojat, le représentant syndical de la CFE-CGC (cadres).
«Départs volontaires»
Entre 2005 et 2008, un plan de restructuration a causé le «départ volontaire» de 22.000 salariés de France Telecom, qui compte désormais 102.254 employés, dont 70% de fonctionnaires. Les syndicats confirment qu’il n’y a pas eu de licenciement sec. «Mais certains salariés ont été poussés vers la sortie en voyant leurs perspectives professionnelles supprimées. D’autres ont été mis au placard», fustige Pierre Gojat.
«Il faut arrêter avec la sous-traitance, l’externalisation, et accepter de requalifier ces suicides en accidents du travail», ajoute-t-il. C’est arrivé chez Renault. L’entreprise a elle aussi été touchée par une dramatique série de suicides au Technocentre de Guyancourt (Yvelines). En 2007, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine avait reconnu comme accident du travail l’un des trois suicides.
Espaces d’écoute
La direction de France Telecom se refuse, quant à elle, à commenter le contenu de la lettre. «Sur les 100.000 salariés, certains vont bien, d’autres moins. Certes, les suicides sont dramatiques parce que cela veut dire qu’on a échoué, à un moment donné. Mais ces événements ne reflètent pas l’ambiance générale dans l’entreprise», argumente un porte-parole, contacté par 20minutes.fr.
Pour prévenir les passages à l’acte, l’opérateur a ouvert depuis deux ans des espaces d’écoute où les salariés peuvent aller trouver un interlocuteur neutre, demander un changement d’équipe, de rythme de travail ou suivre une consultation médicale. «Nous avons onze espaces de parole dans toute la France. Depuis leur création, on a accueilli 450 employés et résolu 260 cas», conclut la direction de France Telecom.
William Molinié