Dans leur rituel d’avant course, les nageurs présents au Foro Italico se plieront à une petite nouveauté. Une fois leur échauffement terminé, ils laisseront les juges scruter de près leur équipement. Un contrôle technique permettant de vérifier s’ils portent bien l’une des modèles de combinaisons homologués par la fédération internationale. Dans le cas contraire, le tricheur sera prié de se déshabiller.
Autant que les nageurs, les combinaisons risquent d’être particulièrement exposées lors de ces championnats du monde. La Fina ayant autorisé le tout polyuréthane, (jusqu’au 1er janvier 2010), les records devraient se ramasser à l’épuisette dans le bassin romain, où tout le monde est censé plonger au top de sa forme. Une aubaine pour les sponsors et les télés. Mais une perte de crédibilité, selon la plupart des entraîneurs du clan français.
«On ne reconnaît pas certains nageurs et c’est très dommageable juge Denis Auguin, le coach d’Alain Bernard. Mais le mal est fait, c’est trop tard.» Par leur qualité de gainage et de flottabilité, les Jaked et LZR et autres X-Glide gomment les lacunes de certains nageurs aux capacités limitées. «Dix ans de travail effacé par une combinaison qu’on met en dix minutes», s'indigne Auguin. D’après l’entraîneur américain de Fred Bousquet, Brett Hawk, le gain sur les 15 premiers mètres de nage est de 25 centièmes. Ne cherchez pas plus loin l'explication des 108 records du monde battus en 2008.
Après les championnats de France de Montpellier, Lionel Horter, se félicitait du nombre record de Français présents à Rome (35). Mais en coulisses, il se dit que certains ne mériteraient pas vraiment leur place aux Mondiaux. Pendant ce temps, d'autres rongent leur frein. Les résultats décevants d'Hugues Duboscq à Montpellier ont vite été mis sur le compte de sa combi. A l’époque, le nageur sponsorisé par Adidas (comme Coralie Balmy), ne disposait pas encore de la Hydrofoil. Un nouveau modèle 100% polyuréthane qui devrait lui permettre d’être compétitif à Rome.
Pour l’occasion, d’autres nageurs, à l’image de Leveaux (sponsorisé par Tyr, dont le modèle tout polyuréthane n’a pas été homologué, le nageur français a d'ailleurs fait appel) feront sûrement une infidélité à leur équipementier. Pour cela, il reste toujours la technique du logo masqué. On devrait aussi voir quelques nageurs retirer leur bonnet de bain national pour exhiber celui de leur sponsor à l'arrivée. Face au verdict du chrono, il paraîtront peut-être incrédules. Voire désolés, qui sait? Mais au final, personne ne peut leur reprocher d’exploiter au mieux les incohérences d’un règlement. Depuis un an et demi, la fédération internationale affirme tout et son contraire. Trop permissive, elle a vu dans cette course aux records le moyen de faire parler de son sport. Et de ce côté-là, le pari est déjà gagné. Depuis quand a-t-on placé autant d’attentes sur des Mondiaux de natation?