La stratégie des émeutiers mise en évidence
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Un commissariat de Villiers-le-Bel incendié le 25 novembre 2007 lors d'emeutes après la mort de deux adolescents Francois Guillot AFP
JUSTICE - Le premier procès s'est ouvert ce jeudi...
«Enlevez votre chewing-gum.» La présidente du tribunal voulait affirmer son autorité, dès l’ouverture de l’audience, ce jeudi, au premier procès des émeutiers de Villiers-le-Bel (Val d’Oise). La présence inhabituelle d’une dizaine de forces de l’ordre déployée aux alentours du tribunal de grande instance de Pontoise donnait également le ton. A l’intérieur, il fallait passer à travers une double fouille pour se frayer un chemin jusqu’à la salle d'audience où dix jeunes, âgés de 20 à 24 ans, comparaissaient pour «violences volontaires» et «jets de pierres contre les forces de l'ordre en réunion avec guet-apens». Des circonstances aggravantes qui pourraient leur coûter jusqu’à 7 ans de prison.Guerre urbaine
Le tribunal a tenté surtout de comprendre le déroulement de ces deux nuits de violences qui ont éclaté après la meurtrière collision entre deux jeunes en moto et un véhicule de police. En deux jours, 140 fonctionnaires avaient alors été blessés. Derrière son ordinateur et à la barre, le capitaine de la DRPJ de Versailles présente au tribunal une synthèse sur le scénario des émeutes. On y apprend que les jeunes se sont envoyés des SMS et écoutaient le trafic radio de la police. S’ensuit alors une phase de préparation durant laquelle des caddies sont remplis de pierres et de battes de fer. Puis les émeutiers retournent chez eux se changer et vêtir «des habits foncés», beaucoup moins repérables la nuit. Les lampadaires des rues principales sont pendant ce temps mis hors service.
«C’était une guerre urbaine. Les casseurs agissaient selon une véritable stratégie», témoigne le commandant de la compagnie CRS 43, prise en guet-apens le premier soir au rond-point du 19 mars 1962. «Nous nous sommes retrouvés dans une embuscade devant un mur de 250 à 300 jeunes», ajoute-t-il. La CRS 43 doit alors se replier et se retrouve dans le viseur des tireurs aux fusils à pompe, cachés dans la cité. Plusieurs fonctionnaires seront touchés au visage, aux mains et aux jambes.
Engrenage
La plupart des prévenus reconnaissent les faits, mais se défendent d'avoir été entraînés par le mouvement de masse. «Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. J’ai été pris dans un engrenage», argumente Abdelkader D. Un autre minimise ses actes en faisant référence à l’accident mortel. «Les flics sont partis. J’avais la rage. C’était un choc, un traumatisme», assène-t-il. L’avocate d’un prévenu s’attache, dans les couloirs, à démontrer à la horde de journalistes présents qu’il faut surtout essayer de dresser les profils de chaque prévenu. «Mon client n’a jamais eu de problèmes de rébellion. Il s’est laissé prendre dans le mouvement», explique-t-elle.
Les audiences se poursuivent vendredi. La défense redoute que le tribunal n’applique des «peines lourdes pour l’exemple». D’autant que la plupart sont jugés pour récidive et qu’ils avaient déjà un casier judiciaire étant mineurs. D'autres procès devraient suivre, une instruction judiciaire est d’ailleurs toujours en cours pour déterminer les auteurs des coups de feu qui avaient blessé plusieurs fonctionnaires le soir des émeutes. Cinq des prévenus comparaîtront à nouveau devant les assises pour «tentative d'homicide volontaire», comme l’avait demandé Nicolas Sarkozy.
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