Après avoir affronté des tirs à balles réelles à Villiers-le-Bel et connu 150 blessés dans leurs rangs, les forces de l'ordre ont adapté leur riposte. Leur équipement a été revu et corrigé : pour mieux parer les jets de pierres, de bouteilles et de poubelles comme ceux des nuits agitées du Val-d'Oise, en novembre 2007, les policiers ont désormais des boucliers de protection plus hauts de 20 cm. Pour se défendre lors de guets-apens comme ceux tendus par les émeutiers, les forces de l'ordre ont vu la portée de leurs flash-balls doublée. Ils ont aussi reçu de nouvelles lunettes et disposent désormais d'éclairages spécifiques pour les interventions de nuit.
« Les événements de Villiers-le-Bel ont accéléré le processus de militarisation de la police, qui était déjà entamé. Les agents ressemblent depuis à des Robocop », analyse Sebastian Roché, sociologue spécialiste des violences urbaines. Autre signe révélateur de cette tendance : des drones, ces avions sans pilote testés pour la première fois à l'automne 2007, et des hélicoptères, auparavant réservés à la protection civile ou aux secours, sont prêts à décoller en cas d'émeute. « Leur utilisation à Villiers-le-Bel s'est révélée assez efficace, juge Joaquin Masanet, secrétaire général du syndicat Unité police. Aujourd'hui, les hélicos servent d'ailleurs aussi pour les braquages. » Cette évolution est un classique : chaque émeute pousse les forces de l'ordre à réinventer leurs équipements, leurs méthodes, leur stratégie. Après Mai 1968, les CRS avaient été dotés de boucliers transparents, d'une visière sur les casques, de fusils lance-grenades et de bottes plus solides.
Le plus gros changement concerne la coordination des hommes. « Le préfet de police peut désormais utiliser les forces spécialisées de Paris, mais aussi de la petite et de la grande couronne, alors qu'avant, les CRS ne pouvaient pas franchir le périphérique », précise Joaquin Masanet. Ces émeutes ont révélé combien une présence massive et rapide est nécessaire pour espérer étouffer la contagion. Reste un point, crucial, sur lequel les agents n'ont guère progressé : la prévention et le lien à tisser avec la population, pour éviter qu'une crise n'éclate.