Le président Nicolas Sarkozy a proposé vendredi à Fort-de-France l'organisation d'un référendum sur un éventuel statut d'autonomie pour l'île de la Martinique, actuellement département-région.
Il a très clairement exclu l'indépendance. «Je suis venu vous annoncer clairement que j'ai l'intention de consulter les Martiniquais sur l'évolution institutionnelle de leur territoire, comme la Constitution m'y autorise», a-t-il déclaré. «Les Martiniquais seront libres de choisir en leur âme et conscience le chemin qu'ils souhaitent emprunter», a ajouté le chef de l'Etat.
Les élus martiniquais demandent un report des régionales
Le chef de l'Etat a pris la précaution de bien délimiter le cadre de cette consultation populaire, précisant qu'elle ne concernerait que le «degré d'autonomie» de la Martinique par rapport à l'Etat et ne proposerait en aucun cas l'indépendance de l'île française des Caraïbes.
«Le débat dont nous parlons n'est pas celui de l'indépendance (...) le débat qui est ouvert est celui du juste degré d'autonomie, celui de la responsabilité, celui de l'équation unité-singularité», a-t-il affirmé.
Devant la presse, Nicolas Sarkozy a précisé que les modalités de la consultation seraient définies d'ici à «fin septembre, début octobre», après une large consultation avec les élus martiniquais.
L'article 72 de la Constitution autorise le chef de l'Etat de à consulter les populations des départements et territoires d'Outre-mer sur son «organisation», ses «compétences» ou son «régime législatif». Tout changement de statut doit recueillir l'approbation des populations concernées, selon ce texte.
Les élus départementaux et régionaux de Martinique réunis en Congrès ont voté vendredi 19 juin une résolution demandant le report des élections régionales prévues en 2010, dans la perspective d’une consultation de la population martiniquaise sur une évolution institutionnelle.
Une annonce très bien accueillie par les élus martiniquais
Très attendue, l'annonce présidentielle d'un référendum a été accueillie favorablement par les élus de toutes tendances. «Nous sommes unanimes sur cette nécessité d'un engagement dans un processus de responsabilisation qui n'est ni l'indépendance ni le statu quo», a déclaré le député-maire apparenté socialiste de Fort-de-France Serge Letchimy. Pour le député indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, «il ne suffit pas de réclamer l'autonomie si on ne peut jamais l'appliquer».
En métropole, François Bayrou, président du MoDem, a critiqué cette annonce, qu’il qualifie de «diversion»: «Les problèmes de la Martinique et de la Guadeloupe et d'ailleurs du reste de l'Outre-mer sont des problèmes économiques et sociaux. Ils sont aussi des problèmes historiques et symboliques. Ils ne sont pas des problèmes de statut administratif.»
Sitôt après son discours, Nicolas Sarkozy s’est envolé pour la Guadeloupe. Son séjour ne durera que quelques heures. Il participera notamment, à Petit-Bourg, aux états généraux de l'outre-mer lancés par le gouvernement en avril après les émeutes qui ont agité l'île de janvier à mars. Il n’y croisera pas le porte-parole du collectif LKP Elie Domota, fer de lance de la contestation de l'hiver, qui a décidé de bouder la consultation initiée par l'Etat, qu’il qualifie de «leurre».