Omar Ba, l'empêcheur d'émigrer en rond

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Publié le 23 juin 2009.

Avec sa veste rayée et son portable glissé dans la poche intérieure de son costume, il a tout l'air d'un jeune homme sans histoire. Et pourtant, Omar Ba, 29 ans, est le petit-fils d'un lépreux sénégalais. Et il vient parler de l'Afrique, ce continent tant aimé qu'il a quitté en pirogue, une nuit, pour aller tenter sa chance en Europe. Raconter les illusions perdues à son arrivée en France, l'eldorado promis, il y a cinq ans. Dire son envie de ne plus laisser des milliers de jeunes Africains se jeter à la mer avec toutes leurs économies, quand les 6 000 euros donnés à un passeur permettraient de monter un petit commerce à Dakar.

« Je ne crache pas dans la soupe. Ici, ça n'est pas l'enfer, explique le jeune homme. Mais il faut dire à ces jeunes qui ont la tête bourrée de rêves qu'ici, un clandestin ne compte pas, n'existe pas. Et que même pour un immigré qui a ses papiers, la vie tient plutôt du cauchemar. » Pour certains du moins. Pris par l'émotion, il s'interrompt un court instant puis revient sur cette « génération sacrifiée parce que les aînés mentent ou taisent leurs galères ».

Mais est-il encore légitime pour tenir ce discours, lui qui signe un livre et suit des études de sociologie ? Alors Omar raconte : les années de plonge la nuit, les heures de bus pour regagner chaque jour son petit appartement, à Evry (Essonne), l'interdiction bancaire pour envoyer à la famille impatiente un peu d'argent... Il en renverse son café, d'un geste maladroit. S'excuse en souriant. Il reprend aussitôt, comme si dénoncer ses « rêves superbement déçus » était devenu sa nécessité. Sa raison de vivre. Pour endiguer « le sauve-qui-peut général » dans lequel les enfants du Sénégal sont éduqués, Omar Ba retourne souvent au pays, où il tente de convaincre les associations d'épouser sa cause. « L'Afrique a besoin de ceux qui veulent la quitter. » Aujourd'hui, il prépare son retour définitif. Son objectif : enseigner à l'université africaine et monter des partenariats avec des universités françaises, « pour que les jeunes cerveaux n'aient plus à partir pour réussir ». Tant pis si certains amis le disent « marabouté ». Et tant pis si le travail à accomplir s'annonce « titanesque ». Cette fois, son énergie servira son rêve d'Afrique. W

Laure de Charette
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