Vers une diplomatie du ballon entre les deux Corée?

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Publié le 19 juin 2009.

FOOTBALL - Les frères ennemis de la péninsule coréenne se retrouveront à la Coupe du monde 2010...

 Le foot a parfois une logique que la diplomatie n'a pas. Mercredi soir, alors que le président de la Corée du Sud, Lee Myung-Bak, durcit une nouvelle fois le ton contre la Corée du Nord appelée à «abandonner ses ambitions nucléaires», l’équipe de son pays, déjà qualifiée pour la Coupe du monde, arrache le nul contre l’Iran. Un résultat qui envoie la Corée du Nord au Mondial 2010, 44 ans après son unique apparition dans une Coupe du monde, en Angleterre. 


Le blog Tertulia parle de cette aventure achevée en quart de finale face à l'Italie ici


Ce retour du régime de Pyongyang sur le devant de la scène footballistique risque d’agiter les neurones des diplomates. Car la Corée du Nord pourrait croiser les Etats-Unis en poule ou encore l’ennemi du Sud, en match à élimination directe. Une première pour ces deux pays. «C’est vraiment une situation inédite, analyse Pascal Boniface, directeur de l’IRIS et auteur (entre autres) de «Foot et mondialisation» chez Armand Colin. Il y a bien sûr eu les rencontres entre la RFA et la RDA dans les années 70, et notamment au Mondial 1974 (victoire 1-0 de la RDA en poule). Mais Willy Brandt avait déjà entamé le rapprochement avec l’Est grâce à la Östpolitik. Alors qu’en ce moment, les relations entre les deux Corée sont très tendues.»


Contrairement à Athènes en 2004, les deux Corée ont défilé séparément lors des JO de Pékin. Autre signe de durcissement des relations politico-sportives, la récente campagne de qualification a été marquée par des tensions entre les deux Corée, qui jouaient dans le même groupe. Au match aller, le Nord avait accepté avec beaucoup de difficultés que l’hymne du Sud soit joué et lors du match retour, Pyongyang avait accusé le Sud d’avoir empoisonné ses joueurs. Rien que ça.


L’hermétique régime


Difficile surtout de savoir comment la Corée du Nord va aborder ce rendez-vous. A n’en pas douter, l’ultranationalisme accompagnera l’aventure sud-africaine de ses joueurs, qui évoluent tous sur le territoire national, à part la star de l'équipe, Jong Tae-Se, qui joue au Japon. «Comme dans tout régime dictatorial, les sportifs nord-coréens sont portés aux nues, explique Jean-Louis Margolin, spécialiste du Sud-est asiatique. Ils incarnent le régime. En même temps, pour une fois, avec ses joueurs, le régime a autre chose à exporter que des armes et de la fausse monnaie.»


Malgré l’impact d’une Coupe du monde, les spécialistes restent pour l’instant sceptiques sur une ouverture du régime de Pyongyang. «Il n’y pas de radios, pas internet, la télé est contrôlée. Les supporters nord-coréens n’iront pas en Afrique du Sud. Seule une délagation officielle se déplacera…», explique Jean-Louis Margolin. «Les autorités diffuseront ce qu’elles voudront. S’il y a des images de fraternisation, elles pourront les couper, prédit Boniface, qui décrit deux peuples séparés mais loin d’être éloignés footballistiquement. En 2002, les Coréens du Nord avaient soutenu de loin l’équipe de Corée du Sud, qui avait atteint les demi-finales.»


S’il n’est pas mort d’ici là, le leader du Nord, Kim Jong-Il,
pourrait  même suivre son équipe en Afrique du Sud. En novembre 2008, au plus fort de rumeurs sur son état de santé, il avait choisi un match de football, entre deux équipes de l'armée, pour faire une apparition publique soigneusement mise en scène.

M. Go.
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