EXAMEN - 20minutes.fr a planché sur le sujet de philosophie du bac ES, «que gagne-t-on à échanger?», sous l'angle de la loi anti-piratage dite Hadopi. Après avoir bien sué sur sa copie, et penser à simplement répondre «ceci est un fail», voici la dissertation, qu’on préférera ne pas faire noter, hein, merci...
Introduction. «La monnaie est principe et fin de l’échange», écrivait
Aristote dans «Politiques». Or, derrière le mot «échange», il n’y a pas que la transaction commerciale; l’échange peut aussi être culturel, quand des internautes partagent en ligne des chansons ou des films, langagier, comme lors des débats au Parlement sur le projet de loi
Hadopi, ou écrasant, quand la riposte (qui n'est plus graduée depuis l
a censure du Conseil constitutionnel) s’organise. Autant d’acceptions du terme «échange» qui nous a incité à nous poser cette question - et c'est celle du bac, ça tombe bien: «Que gagne-t-on à échanger?».
Partie 1. On gagne à échanger le sentiment d’appartenir à une communauté, celle du World Wide Web.
C’est le sens de l’échange dit symbolique, qui vise à améliorer la cohérence d’un groupe et son unité. Or le Net est, par définition, communautaire. Je télécharge sur le Net, comme mes pairs internautes, donc j’appartiens à la communauté du Net. Oui, 20minutes.fr se la joue Descartes, parfois.
Partie 2. Mais on ne gagne pas à échanger au sein d'un débat agressif.
On ne va pas compter ici le nombre d’heures qu’ont passé les parlementaires à discuter des articles de la loi et ses amendements, ni de la demi tonne d’articles consacrés à Hadopi — et ce n’est pas fini. Mais à plusieurs reprises, le jeu parlementaire aidant, l’échange entre opposition et majorité a viré à l’affrontement. Même au sein du monde de la culture, il y a les pro-Hadopi, qui disent que chaque chanson pillée est une orange volée au supermarché, et les anti-Hadopi, qui arguent que plus la musique circule, même gratuitement, plus cela véhicule de la valeur. S'entend de la valeur non pas marchande, mais artistique. Chaque bord cherche bien sûr à écraser l’autre de ses convictions, rendant l’échange annihilant.
Partie 3. Au final, on gagne à échanger ce que l’on n’a pas.
C’est tellement logique qu’on a failli ne pas l’écrire mais il fallait une troisième partie, alors bon... Quand on télécharge un MP3 ou une série télé, c’est qu’a priori, on ne l’a pas en stock. Donc on gagne quelque chose. A noter: selon la procédure prévue par Hadopi (et validée par le Conseil constitutionnel), on risque de gagner aussi un mail d’avertissement.
Conclusion. Nous sommes très en retard pour rendre notre copie. Mais il faut «ouvrir» dans la conclusion, selon les règles de la dissertation. Donc ouvrons: chers internautes, qu’en pensez-vous?
20minutes.fr