Téhéran fait taire les contestataires
0 commentairesLa contestation populaire en Iran s'est poursuivie hier à huis clos. Accusés d'être les « porte-parole » des « émeutiers », les médias étrangers ont interdiction de couvrir les manifestations. Les autorités se sont aussi appliquées à empêcher les Iraniens de diffuser des informations à l'extérieur du pays en coupant tout moyen de communication. La répression s'est aussi renforcée dans la rue. Deux figures du camp réformateur ont été arrêtées : Hamid Reza Jalaïpour, un universitaire ayant pris part à la campagne du candidat conservateur modéré Mir Hossein Moussavi, et Saïd Laylaz, un analyste politique et économique souvent critique à l'égard du président réélu, l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Ces arrestations s'ajoutent à celles d'autres responsables, journalistes, étudiants et manifestants réformateurs, qui dénoncent des « fraudes » lors de l'élection présidentielle du 12 juin.
Mardi, le ministre des Renseignements avait déjà annoncé que 26 « cerveaux » responsables des manifestations avaient été arrêtés. Et, selon Khattar Abou Diab, directeur du centre de recherche Conseil géopolitique-perspectives, le fait que la presse étrangère soit empêchée de travailler est « le signe que le pouvoir va accentuer la répression ». Les heurts entre manifestants et miliciens islamistes se sont déjà soldés par la mort de sept civils lundi. Moussavi a appelé à leur rendre hommage par une journée de deuil et des marches pacifiques aujourd'hui. Il a également réitéré son appel à annuler le scrutin du 12 juin et à organiser de nouvelles élections.
Dans une apparente contradiction du pouvoir, la télévision d'Etat a filmé hier le rassemblement, pourtant interdit, de dizaines de milliers de manifestants pro-Moussavi à Téhéran. « Les autorités soufflent le chaud et le froid », explique Khattar Abou Diab. A l'image du Guide suprême, qui a accepté mardi de recompter partiellement les votes si nécessaire, alors qu'il avait d'abord salué la victoire d'Ahmadinejad comme une « grande fête ». Autant de « petits gestes » visant à contenir ce raz-de-marée populaire et rétablir la stabilité. Car le pouvoir est aujourd'hui confronté à sa plus importante vague de contestation depuis la Révolution islamique en 1979. « C'est une épreuve de force décisive, estime un observateur. Au moins sur le plan interne du régime, qui se fissure peu à peu. Cette crise est symptomatique d'un malaise plus profond : la jeunesse (60 % de la population) est tournée vers l'Occident et veut plus de séparation entre l'Etat et la religion. »
A ce stade, le pouvoir sait aussi qu'une répression sanglante serait périlleuse. D'où une répression « systématique, mais limitée », selon les analystes. Le gouvernement peut en tout cas compter sur le soutien de la Chine et de la Russie, solidaires d'un pays qui se dresse aujourd'hui contre un ordre mondial dominé par les Occidentaux. W