Crise en Iran: «certains journalistes se sont pris des coups de matraque»
5 commentairesPublié le 17 juin 2009.
Emeutes en Iran Ahmed Jadallah / Reuters
IRAN - Qu'ils soient sur place ou à l'étranger, les médias ont du mal à trouver des sources fiables, ne restent plus que les réseaux sociaux...
Dès samedi, jour de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, Reporters sans frontières (RSF) dénonçait la «censure massive» par l’Etat, en Iran, de la presse et notamment des sites Internet. Certains journalistes étrangers couvrant l’élection n’ont pas eu le renouvellement de visa promis et ont été obligés de quitter le territoire.>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier sur la crise en Iran
C’est le cas de Grégory Philipps, journaliste à France Info. «Pendant toute la fin de la campagne électorale, c’était très ouvert. Dans les rues, les gens s’exprimaient librement. Le jour de l’élection, les bureaux de vote étaient ouverts pour qu’on voit les files de citoyens. Ça ressemblait même à une opération de com’ du régime! Jusqu’à vendredi après-midi, on pouvait travailler librement. Ensuite, j’ai eu un coup de téléphone du ministère de la Culture et de la guidance islamique, m’annonçant que mon visa n’était pas renouvelé, et qu’il n’était donc valable que jusqu’à samedi, minuit.»
«On sentait que ça allait devenir chaud»
«Samedi, j’ai donc couvert le premier jour de manifestation, mais le travail devenait de plus en plus difficile. Des cameramen se sont fait piquer leur matériel. Je ne travaillais plus qu’avec un tout petit dictaphone, très discret dans les manifs. On sentait déjà que ça allait devenir chaud. Certains journalistes se sont pris des coups de matraque.»
De retour en France, Grégory Philipps se demande désormais comment retourner en Iran, et surtout, une fois là-bas, ce qu’il pourra y faire. Mardi, les autorités ont en effet interdit à la presse étrangère de couvrir tout événement n'étant pas «au programme» du ministère de la Culture et de la guidance islamique.
Depuis l’étranger, ce n’est pas plus facile d’accéder à des sources fiables
Difficile, dans ce contexte, d’avoir accès à l’information. Du coup, c’est Internet qui prend le relais, offrant informations, vidéos et photos. Aux internautes, ensuite, de faire le tri. Ce qui n’est pas toujours évident...
Les auteurs du blog Mémoire Vive.tv proposent ainsi un travail de «crowdsourcing»: vérifier les informations, trouver les sources fiables, etc. Natasca Quester-Séméon, jointe par 20Minutes.fr, explique: «Dans la nuit de samedi à dimanche, on s’est aperçu que des infos filtraient de Téhéran, via Twitter. On a cherché à identifier les personnes et les sources, par croisement des informations et contacts, notamment par mails ou téléphone. Ensuite, les gens se recommandent et contrôlent entre eux.»
Sur Twitter, il y a une auto-régulation
Pour cette blogueuse, ancienne journaliste, Twitter et les réseaux sociaux sont devenus un «nouveau moyen de communiquer, de nouvelles sources. On reste prudents: le gouvernement iranien a créé des profils, avec de fausses informations. Mais il y a rapidement une autorégulation, grâce aux liens qui se sont tissés entre les personnes: les fausses informations disparaissent vite.»
Entre les sources des journalistes, contactées par mail ou par téléphone, et les nouveaux moyens de communication, des informations finissent par filtrer la censure.
Reporters sans frontières, sans nouvelles de journalistes et de blogueurs iraniens, a décidé d’appeler à la manifestation, jeudi à 15 heures, devant l’ambassade d’Iran, à Paris.
Pour suivre la crise en Iran sur Twitter, deux mots clés fonctionnent: #iranelection et #gr88. Un «guide de la cyberguerre pour les élections iraniennes» a même été mis en place, à retrouver ici.
Oriane Raffin
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