JUSTICE - Dernier échange entre la cour et l’accusée avant le début des plaidoiries...
Par le passé, le président de la cour d’assises d’Indre-et-Loire n’a pas été que clerc de notaire puis inspecteur des impôts. Il a aussi été juge d’instruction – à Blois, de 1985 à 1989 – et ça se sent. Mercredi matin, à la veille du verdict, Georges Domergue a tenté une dernière fois un «interrogatoire récapitulatif» de Véronique Courjault. Au final, un dialogue de sourds pendant deux heures et l’impression que les murs de la salle d’audience avaient rétréci à la dimension d’un bureau de magistrat instructeur.
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Un déni de l’audience
A écouter le président, le procès Courjault se résume en réalité aux deux années et demi de l’enquête. Les questions et les réponses soulevées au cours des débats semblent comme oubliées, au profit des cotes du dossier d’instruction rappelées sans cesse. Un véritable déni de l’audience. Et un échange impossible entre un président, figure parfaite du cartésianisme juridique, et Véronique Courjault, un être transpercé de doutes et d’incertitudes.
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«Est-ce qu’on a besoin d’avoir recours à des mécanismes psychiques complexes? C’est finalement très simple ce qui se passe avec vous», finit par lâcher Georges Domergue, désarmant d’assurance. «Simple», «mécanisme»… les mots reviennent en boucle, oubliant une affaire où aucun des experts psychiatres ne partage le même diagnostic que ses confrères. Pour le président, il n’y a que «deux schémas: le déni de grossesse et l’infanticide». Soit Véronique Courjault ne savait pas qu’elle était enceinte, de la première à la dernière seconde de sa grossesse, soit elle le savait et elle a tué ses enfants qu’elle ne désirait pas. Point final. Blanc ou noir, surtout par de gris.
La traque surréaliste du clivage
Face à un tel bulldozer de certitudes, l’accusée tente bien d’opposer quelques nuances. «Il n’y a pas une seule explication (à mes actes), il y a tout un réseau que je ne connais pas toutes moi-même», répond-elle avec difficulté. Parfois même, elle se permet de reprendre le président. «Je pense que vous ne prenez pas le problème dans le bon sens… pour moi, ça n’a jamais été des bébés… pour moi, l’accouchement n’était pas la suite logique de la grossesse…», explique-t-elle. «Oui, mais vous avez dit "C’est moi qui ai bloqué" !», lui rétorque Georges Domergue. «C’est vrai, mais je ne sais pas pourquoi!», conclue, lasse, Véronique Courjault.
Puis vient le sommet de l’absurde:
le fameux «clivage» de la personnalité de la jeune femme, plusieurs fois évoqué par les experts. Pour le président, il ne fait aucun doute que Véronique Courjault est «clivée» et le mieux serait qu’elle le reconnaisse. «Ce phénomène que vous semblez ne pas vouloir saisir comme explication de vos comportements, ne peut-on pas l’adapter à votre cerveau», demande-t-il, très sérieux, à l’accusée. Silence gêné dans la salle et dans le box. Comment un être «clivé», donc coupé psychiquement en deux, pourrait-il précisément le reconnaître? Pas de miracle, Véronique Courjault n’y parvient pas, répondant simplement d’une voix fatiguée, un dernier «je ne sais pas».
A Tours, Bastien Bonnefous