JUSTICE - Les psychiatres qui ont examiné Véronique Courjault ont battu en brèche les hypothèses développées lundi...
Un jour chasse l’autre au procès Courjault, et avec lui, ses certitudes. Lundi, Véronique Courjault était l’incarnation presque trop parfaite du «déni de grossesse», ce tabou médical en quête de reconnaissance sociale.
C’étaient des pontes de la médecine et de la psyché humaine qui l’affirmaient. Pire, Israël Nisand, chef du service gynécologie du CHU de Strasbourg, était affirmatif: Véronique Courjault n’avait pas à proprement parler tué ses trois bébés lors des accouchements clandestins de 1999, 2002 et 2003. Les nouveaux-nés étaient sûrement morts in utero, avait expliqué le spécialiste, et c’est en tirant sur leurs visages pour les sortir que Véronique Courjault avait provoqué les «écrasements faciaux» relevés par les autopsies. Plus d’assassinat donc, au pire, une non-assistance à personne en danger. Et plus de préméditation. Belle journée pour la défense.
>> Tous nos articles sur l'affaire
Une stratégie de la défense?
Hier, patatras. Les deux collèges d’experts psychiatres qui ont examiné Véronique Courjault en détention, d’abord juste après son arrestation en octobre 2006, puis quelques semaines avant son procès, ne croient pas une seconde au déni. Pour Jean-Michel Masson, Fanny Puel et Paul Bensussan, cette thèse à la mode dans les médias et l’édition serait même une «stratégie» de la défense à deux jours du verdict attendu jeudi soir. «Pour nous, il ne s’agit en aucun cas d’un déni de grossesse et c’est un avis qui a été partagé par Mme Courjault lors de nos premiers entretiens», lance sans ambiguïté possible, Fanny Puel.
>> La chronologie de l'affaire, ici
Ces experts préfèrent parler d’un «clivage» ou d’une «dissimulation de grossesse» par Véronique Courjault. «Mme Courjault savait qu’elle était enceinte, percevait des mouvements in utero, et savait que la mort des bébés serait l’issue inéluctable, ça ne ressemble pas vraiment au déni», estime Paul Bensussan. Reste que Véronique Courjault demeure un cas clinique complexe, «aux confins de la psychose», qui «ne voit pas la réalité comme nous». Des éléments suffisants selon ces experts pour écarter toutes préméditation et perversion dans ses actes. Paul Bensussan avance même une possible «altération du discernement» au moment des accouchements.
Des homicides bien volontaires
Et l’écrasement facial alors? Prompte à fermer toutes les portes, la cour avait ordonné mardi matin un supplément d’information pour vérifier les dires d’Israël Nisand. Le rapport du légiste et du gynécologue dépêchés en catastrophe est tombé le soir-même. Les bébés «ont respiré» et «ne sont pas morts-nés», affirment-ils, se basant sur les examens médico-légaux, et la pression exercée sur les visages est «incompatible avec un geste non intentionnel». L’homicide est donc volontaire. Fermez le ban. Un jour chasse l’autre. Mauvaise journée pour la défense.
A Tours, Bastien Bonnefous