PROCES - Dans un moment de grande tension et d'émotion, Véronique Courjault a expliqué mercredi après-midi ses trois accouchements clandestins suivis de trois assassinats.
Comment expliquer l’inexplicable? Depuis lundi, Véronique Courjault s’y essaie, se débattant entre des souvenirs brumeux, des mots qui ne sortent pas, des visions qui l’empêchent. Mercredi soir, elle a tenté de répondre à «la seule question qui vaille de ce procès», selon un de ses avocats, Me Henri Leclerc: «Pourquoi avez-vous fait ça?»
Dans un interminable sanglot, Véronique Courjault, qui a demandé auparavant à s’asseoir, explique ses accouchements clandestins dans la baignoire de la salle de bains, ces bébés qu’elle sent «glisser dans (son) ventre». Entre deux reniflements, elle bredouille: «Ce que j’ai fait est tellement monstrueux, inexplicable… avoir tué ses enfants est quelque chose d’insupportable… pour moi, ces enfants n’avaient pas d’existence réelle.»
Morts par «suffocation faciale»
En prison à la maison d’arrêt d’Orléans depuis son arrestation en octobre 2006, la jeune femme de 41 ans suit une psychothérapie deux fois par semaine. Mais pour l’instant, ses face-à-face avec un psychiatre apporte «beaucoup de questions sans réponses». Avec au moins un véritable bénéfice: «maintenant, ces bébés prennent une réalité pour moi», concède Véronique Courjault.
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En début d’après-midi, les experts légistes sont venus expliquer à la cour comment les deux bébés tués à Séoul – les «n°461» et «n°462» répertoriés à la morgue de Paris – sont morts par «asphyxie mécanique par suffocation faciale», précise Dominique Lecomte, légiste en chef de l’établissement parisien. En clair, les deux garçons, «nés à terme» en 2002 puis 2003 - 2,8 kilos pour l’un et 3,2 kilos pour l’autre – sont morts étouffés, et non étranglés comme l’avait dit Véronique Courjault en garde à vue.
«J’ai un problème avec les grossesses»
Face à ces précisions médicales insoutenables, Véronique Courjault encaisse, la main gauche sur sa bouche, les yeux bas. Perdue, écrasée par ses crimes, elle parvient seulement à dire qu’elle n’a «pas de réponses en adéquation avec la gravité des actes». Lucide, elle reconnaît avoir «un problème avec les grossesses». «Un rapport ne se fait pas en moi entre mon corps et mon esprit», ajoute-t-elle, certaine que si elle avait «réussi à parler, ça ne serait jamais arrivé».
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Le «mystère Véronique Courjault» n’en est pas levé pour autant, car si elle admet avoir eu l’intention de tuer les bébés dès qu’elle a su qu’elle était enceinte, elle rejette aujourd’hui une réelle préméditation. «Je ne crois pas que ce soit vrai», tente-t-elle de nuancer, apparaissant plus démunie que manipulatrice. Avec désormais un seul souhait au-delà du verdict prévu la semaine prochaine comprendre et «trouver un jour la réponse pour mes deux enfants Jules et Nicolas».
A Tours, Bastien Bonnefous