Véronique Courjault: «Je n'ai pas su trouver ma place»
Créé le 09.06.09 à 21h13
Mis à jour le 10.06.09 à 20h12
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JUSTICE - Au premier jour de son procès, la Cour a exploré son enfance...
Chez ces gens-là, on ne cause pas,
on pleure. Les parents de
Véronique Courjault, Roger et Monique Fièvre, sont venus déposer mardi après-midi
devant les assises d’Indre-et-Loire. Des viticulteurs à la retraite du Maine-et-Loire, des terriens qui connaissent mieux les saisons que les dates d’anniversaires de leurs sept enfants, mais qui louent leur fille, «une mère formidable qui aime beaucoup ses deux enfants Jules et Nicolas». Des gens simples qui n’ont toujours pas compris «pourquoi Véronique nous a fait ça», glisse la mère, en larmes.
Une école du secret
Une famille décrite par l’enquêteur de personnalité comme «taciturne» et «peu expansive», qui vit dans une ferme avec seulement deux chambres: une pour les parents, l’autre pour les enfants. Une mère au foyer «débordée par les tâches», dépressive, «aigrie», qui parlait souvent d’aller «au fond du trou». Un père souvent absent, «autoritaire», mais «qui laisse l’éducation à sa femme».
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Une famille comme une école du secret aussi pour Véronique Courjault. Chez les Fièvre, on ne parle pas sexualité ou contraception entre femmes. On ne dit pas que Jocelyne, l’aînée, n’a pas le même père que les six autres enfants. On oublie d’informer la fratrie de la future naissance de Lydie, la benjamine. Plusieurs des deux garçons et six filles l’apprendront au tout dernier moment. «Les grossesses j’en parlais peu aux enfants, et à
mon mari, fallait bien que je lui dise quand même», avoue, gênée, Monique, la mère.
«On pardonne, c’est tout»
Dans cette famille du silence, Véronique Courjault, numéro six sur sept, pense «avoir souffert d’un manque de communication, et de démonstration d’affection». «Je n’ai pas su trouver ma place», regrette-t-elle. La main sur la gorge comme si les mots avaient du mal à sortir, Véronique Courjault tente de faire de son mieux face à la cour. Elle réfléchit, hésite, cherche le mot juste, le trouve rarement, plus habituée sans doute à se taire qu’à se livrer. «Je ne suis pas quelqu’un de secrète dans le sens de cacher, mais d’avoir du mal à parler de soi», répond-elle au président Georges Domergue qui la presse de questions.
Ses parents se souviennent d’une petite fille «timide», «solitaire», «gentille», «en retrait» qui n’a «jamais posé de problème». Son geste, ce triple infanticide présumé, aucun ne le comprend. «Je n’ai pas d’explication, mais j’aimerais bien qu’on m’explique justement», demande le père. «On a du mal à comprendre, mais on lui pardonne, c’est tout», ajoute, quelques minutes plus tard, la mère. Chez ces gens-là, on ne parle pas, on pardonne.
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