Jean-Louis Courjault, un mari aveuglé

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Publié le 8 juin 2009.

PROCES - Il ne découvrira la vérité que le 11 octobre 2006 lorsque son épouse craquera en garde-à-vue...

Trois grossesses en sept ans. Dix kilos au moins pris à chaque fois. Et pourtant pas un doute, à peine de vagues questions. En 1999, en 2002 puis 2003, Véronique Courjault a réussi à cacher ses grossesses à l’ensemble de sa famille, de ses proches, et surtout à son mari. Jean-Louis Courjault découvrira la vérité seulement le 11 octobre 2006 lorsque son épouse craquera en garde-à-vue.

Jusque-là, il ne s’était douté de rien. Pas vu que sa femme grossissait, pas vu non plus qu’elle était de plus en plus triste au fil des années, dépassée par l’éducation de ses deux fils Jules et Nicolas. Pas vu enfin qu’elle se sentait délaissée par son mari.

Des vêtements amples

Jean-Louis Courjault expliquera même aux policiers qu’il avait l’habitude, après avoir fait l’amour avec sa femme, de «s’endormir en mettant la main sur son ventre». Jamais, il n’avait senti ce ventre bouger. Par ailleurs, Véronique Courjault mettait des vêtements amples, et avait toujours été un peu ronde. Cela suffit parfois à ne pas se poser des questions. Les experts qui l’examineront parleront de «cécité psychique», d’ «aveuglement» d’un mari qui «idéalise» sa femme

Une fois, il a bien eu un doute. C’était en «avril ou mai 1999», pendant des vacances au Maroc. Véronique Courjault avait grossi, elle était fatiguée. En juillet, elle accoucherait clandestinement d’un garçon dans leur maison de Villeneuve-la-Comtesse (Charente-Maritime). Le premier qu’elle a tué, brûlant son corps dans la cheminée. «J’ai eu l’impression qu’elle était enceinte», se souvient Jean-Louis Courjault. Mais à ses questions, Véronique répond par la négative et il n’insiste pas.

De nouveau, il avait eu la même impression à Séoul, fin 2003, mais il n’avait pas voulu «l’emmerder avec les questions». Jean-Louis Courjault n’a pas vu les grossesses, ni les accouchements dans la salle de bains. Il n’a pas vu non plus combien sa femme allait mieux après son opération en décembre 2003. Ablation de l’utérus, causée par une infection suite au troisième bébé non désiré. La contraception définitive, une délivrance pour Véronique Courjault qui reprend goût à la vie, suit des cours de yoga, travaille même comme assistante maternelle! «J’étais trop engagée dans le mensonge», avouera en garde-à-vue Véronique Courjault, craignant que Jean-Louis ne la quitte si elle lui dit tout.

«Une méforme»

Chez les Courjault, Jean-Louis n’a pas été le seul aveugle. A Villeneuve-la-Comtesse, «le plus proche voisin» du couple affirmera aux enquêteurs n’avoir rien vu de la grossesse de 1999. Pareil pour la nourrice qui garde Nicolas, alors âgé de 3 ans. Pis, le «docteur» Béatrice Courjault, la sœur de Jean-Louis, a simplement constaté «une méforme» de sa belle-sœur au «printemps 1999».

Enfin, du côté de la famille de Véronique, on parle peu. Chez les Fièvre, viticulteurs modestes dans le Maine-et-Loire, on ne se confie pas entre femmes. La mère de Véronique expliquera aux enquêteurs n’avoir jamais discuté contraception avec sa fille. Idem pour sa sœur Lydie qui reconnaît avoir rarement abordé ses «problèmes gynécologiques» avec les femmes de la famille.
Bastien Bonnefous
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