JUSTICE - Cette mère est jugée à Tours pour trois infanticides cachés à sa famille entre 1999 et 2003...
Ils s'aiment toujours et peut-être même plus qu'avant. Régulièrement, Jean-Louis Courjault rend visite avec leurs deux fils - Jules, 14 ans, et Nicolas, 13 ans - à Véronique, incarcérée à la maison d'arrêt d'Orléans depuis l'automne 2006. Véronique Courjault, elle, aurait changé. Entre son travail à la bibliothèque de la prison, ses cours d'anglais, et l'atelier coiffure, cette nature réservée réussirait même désormais à «exprimer ses émotions» avec l'aide d'un psychothérapeute, expliquent ses avocats. Lui continue de travailler et élève les garçons. Une vie presque comme avant sauf qu'il ne se pardonne pas de n'avoir pas su voir sa «détresse» à elle, et dit aujourd'hui qu'«il faut essayer de la comprendre».
Le feuilleton de l'été 2006
C'est ce que va tenter à partir de mardi la cour d'assises d'Indre-et-Loire. Comment une femme effacée, une mère aimante, une épouse sans histoire, a-t-elle pu commettre trois infanticides et les cacher pendant sept ans à son entourage? Véronique Courjault est jugée jusqu'au 17 juin pour les «assassinats» à la naissance de trois de ses enfants entre 1999 et 2003. Cette fameuse affaire des «bébés congelés», feuilleton médiatique de l'été 2006.
Dimanche 23 juillet 2006, Jean-Louis Courjault, ingénieur expatrié à Séoul depuis 2002, alerte la police sud-coréenne. Seul dans le duplex familial - son épouse et leurs deux fils sont en vacances en France, en Touraine - il découvre dans le congélateur de l'arrière-cuisine, les cadavres de deux nouveaux-nés dissimulés dans des sacs plastiques.
Non suspecté par la police, il est autorisé à rentrer en France après s'être prêté à des tests ADN. Quelques jours plus tard, le verdict tombe:
les deux bébés sont les enfants du couple. Solidaires, les époux nient, organisent une conférence de presse le 22 août 2006 pour dénoncer une «manipulation». «C'est un cauchemar, on ne comprend pas ce qui nous arrive», déclare Véronique Courjault. «Ma femme n'a pas accouché de ces enfants», affirme son mari.
Début octobre, la médecine française confirme les résultats sud-coréens. Placée en garde à vue, Véronique Courjault craque et
avoue avoir accouché seule dans sa salle de bains de Séoul, de deux enfants à un an d'intervalle, l'un à l'automne 2002, l'autre à l'hiver 2003. Deux bébés qu'elle a étouffés et cachés dans le congélateur. Elle confesse aussi
un troisième infanticide, commis en 1999 à Villeneuve-la-Comtesse (Charente-Maritime). Celui-ci, elle a brûlé son cadavre dans l'insert de la cheminée. «C'était comme si ce n'était pas des bébés pour moi, ce n'était pas des êtres, ce n'étaient pas des bébés comme Jules et Nicolas», tentera-t-elle d'expliquer plus tard au juge d'instruction.
Un mari atteint de «cécité psychique»
Longtemps suspecté de complicité, Jean-Louis Courjault
est ressorti blanchi de l'enquête. Mais comment ce mari qui «idéalise» son épouse, selon les experts, au point d'être atteint de «cécité psychique», a-t-il pu ignorer ces trois grossesses? C'est un des mystères intimes du couple que devra percer la cour d'assises. Décrite comme «timide» par ses proches, Véronique Courjault, ancienne analyste-programmeur devenue mère au foyer à l'arrivée à Séoul, a abusé tout son monde, jusqu'à sa propre famille. «On a du mal à comprendre, ce n'est pas une criminelle», disent d'elle ses parents. Tous espèrent un verdict clément, pour «ne pas ajouter des drames au drame», confie Béatrice Courjault, la soeur de Jean-Louis. Mais Véronique Courjault encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Bastien Bonnefous