«Reste à savoir comment les Verts vont capitaliser sur ce succès»
Créé le 07.06.09 à 22h23
Mis à jour le 08.06.09 à 00h53
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INTERVIEW - Vincent Tiberj, politologue, chercheur à Sciences-Po, analyse les résultats des élections européennes...
L'UMP, avec plus de 28% selon les premières estimations, crie victoire. Est-ce un réel succès pour le parti de la majorité?
L'UMP récolte encore les fruits de la stratégie de Jacques Chirac en 2002, qui a réussi à créer un parti unique en 2002. Il n'y a donc pas de concurrent direct à droite, contrairement à ce qui se passe à gauche. De plus, le parti a poursuivi sa stratégie d'affaiblir l'extrême droite en axant surtout sa campagne sur le non à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et la sécurité. Le Front national n'a de toute façon jamais fait des scores d'enfer aux européennes, son électorat ayant plutôt tendance à l'abstention sur ce type de scrutin.
L'UMP a donc un boulevard pour 2010 et 2012?
Loin de là. S'il y avait un deuxième tour aux européennes, ce serait la bérézina. L'opposition, MoDem compris, totaliserait un score plus important. Mais c'est aussi là le problème. Le segment idéologique est très concurrentiel à gauche. Et ce n'est pas tant l'échec de Martine Aubry que celui du parti socialiste, qui depuis deux ans ne vit que sur le capital du vote utile. C'est un avertissement en vue des régionales mais il ne faut pas se mettre à tirer sur le leadership du PS.
Comment expliquer, malgré tout, un tel échec pour le PS et le MoDem, et une telle percée pour les Verts?
C'est le côté artificiel de ce tour unique. Si l'on regarde les derniers sondages de la TNS Sofres, notamment, tout semble s'être joué dans les deux-trois derniers jours. Et
les propos de Bayrou à l'égard de Daniel Cohn-Bendit semblent malheureusement avoir pesé dans le scrutin. Les 3-4 juin, le MoDem était encore à 12,5%. Europe Ecologie a récupéré au dernier moment des électeurs du PS et du MoDem, dont l'électorat est assez similaire. Daniel Cohn-Bendit s'est retrouvé au centre de l'attention tout à coup, ce qui peut expliquer ce bond dans les résultats. Sans compter la diffusion du documentaire sur l'environnement, «Home».
Il faudra donc compter avec les Verts dans les prochains scrutins?
Reste à savoir comment les Verts vont capitaliser sur ce succès. Europe Ecologie était assez bien structuré, avec un programme clair, porté par l'engagement et la campagne de Daniel Cohn-Bendit, mais il n'est pas dit que les Verts ne retombent pas dans les mêmes travers que d'habitude au niveau national. De plus, il y a toujours eu une prime aux écologistes, comme aux centristes d'ailleurs, dans les élections européennes, car ils ont une certaine expertise sectorielle.
L'extrême gauche s'est également imposée...
Le camp du non à la Constitution aurait pu mieux faire. En 2004, le PC était à 5,88%. Avec le Parti de gauche, il ne gagne que quelques points cette année. Même si le NPA est devancé, Olivier Besancenot a bien fait de faire campagne seul et fait désormais partie du paysage politique. Le grand échec de cette élection, c'est vraiment celui du MoDem. Commencer en 3e position et finir 4e devant le FN, c'est dur...
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